un caisson de grave LEEDH

un caisson de grave LEEDH

12/12/13

Après nous avoir fait découvrir les enceintes qui ne ressemblent pas à des enceintes, LEEDH nous a à nouveau bousculés en apportant son petit dernier, nom de code « 20.1 » :

Un caisson de grave… qui n’est pas un caisson de grave.

Encore une formule à deux centimes diront les blasés du site.

Bon allez, explication de texte :
Les habitués du magasin savent ce que nous pensons en gros des caissons de grave, à savoir que la plupart d’entre eux (tous ?) sont tout juste aptes à procurer une note pansue et molle à peu près unique, plus ou moins forte et avec laquelle on a plaisir à faire rouler les percussions graves de la 5ème symphonie de Mahler par Chailly, en ne se demandant pas un seul instant si ça existe en vrai ces gros machins lymphatiques qui grommellent pesamment et ce, bien après l’arrêt des mailloches.

Si parfois, chez les plus attentifs, le caisson est réglé au bon niveau (pour autant que ça existe), il n’en est pas moins une grosse verrue sur le nez de la musique et dans ce cas c’est aussi bien de l’éteindre puisqu’il y a toujours une note invasive de temps en temps qui ne correspond à rien, et surtout même filtré avec une pente très raide, on constate nettement un voile sur l’ensemble des timbres jusqu’à l’aigu, si si, écoutez bien, probablement parce que la plupart des instruments fonctionnent au-delà des fondamentales et harmoniques sur un mode de résonances complexes.

Il y a sans doute des exceptions évidemment, mais les seules qu’on connaisse tournent autour d’un principe simple : le caisson de grave a d’emblée été pensé comme la voie grave de l’enceinte d’origine, fait partie de la conception d’un trinôme. Ou alors ce sont des caissons monumentaux qui ne cherchent pas à défier les lois de la physique : gros HP, membranes pas trop lourdes et charges conséquentes !

Mais il y a désormais le « 20.1 » de LEEDH !

Le « 20.1 » (pour 20 HZ à -1 dB) de Gilles ressemble-t-il à un caisson ? Extérieurement, oui, un peu quand même.

Même s’il est très compact et promet d’être élégant dans sa présentation commercialisée (nous avons écouté le prototype dont la conception est achevée mais la présentation non finalisée), on en devine la fonction en voyant saillir les saladiers et moteurs des deux HP extérieurs (qui seront cachés sous un tissus, mais oui, bien sûr…).

En revanche, une fois les amplis du bidule raccordés sur la sortie enceintes de l’ampli principal (Gilles tient à cette façon de brancher et nous sommes d’accord), ce n’est plus du tout un caisson de grave…
… mais une voie grave naturelle, un prolongement jouissif des LEEDH E2, les seules « enceintes » sur lesquelles nous avons eu la possibilité de le tester pour cette première rencontre.

Mais nous n’en resterons pas là pour une raison bien simple : j’en veux un !!!!

Parce que pour une fois, non seulement ce genre de truc fonctionne mais il procure des sensations et des améliorations sur des critères totalement inattendus et même exactement contraires aux constats statistiques…

Rares sont les découvertes d’appareils qui nous apprennent encore quelque chose ; en ce jeudi matin frisquet de décembre, c’en était une et à plus d’un titre !

Merci pour ça aussi Gilles.

Je m’essplique :
Dès le premier disque (Laurie Anderson en l’occurrence), après branchement du  « caisson » (pour info, présentant ce jour-là le 20.1 dans la vocation d’un modèle LEEDH supérieur aux E2, Gilles l’a préréglé autour de cette intégration précise et la démonstration ne nécessitera aucun ajustement), on comprend tout !

Car ce troisième élément n’apporte que la noblesse du grave.

Il ouvre un complément d’informations sur l’ensemble du spectre, donnant du grave à l’aigu (densité, sensualité), au médium (substance), et ainsi de suite : il concrétise physiquement les timbres inouïs de la E2 et qui plus est en les gratifiant d’un développement chromatique encore plus sidérant.

Sans aucun bémol, y compris sur des disques où il n’y a pas de grave spectaculaire (sextet à cordes, La Nuit Transfigurée), on bénéficie d’un meilleur suivi de notes, huilé, un lien qui tient aussi à une meilleure profondeur des silences et une densité de l’air plus juste, et bien sûr on enrichit sensuellement la musique par une matérialisation palpable des instruments dans leur environnement d’origine.

Evidemment, sur des musiques visitant l’extrême grave (on s’est quand même évité l’orgue inutilement démonstratif) notamment des musiques électroniques, on entend soudain des effets de modulation qu’au mieux on avait devinés, qui ne faiblissent jamais en vigueur charnelle ou en purs impacts.

Le constat est simple : on a l’impression d’avoir amélioré l’ampli !!! Sensation de transparence accrue (je fais quand même attention à mes mots car je ne m’explique pas ce constat d’entendre plus d’informations musicalement utiles), plus de stabilité, justesse rythmique affinée, intégration idéale des registres, poids des instruments, puissance organique des transitoires, plus grand respect de l’enveloppe des attaques…

Et c’est tout !

Aucun des mauvais effets attendus, aucune surcharge pondérale ! Aucune caricature !

Sauf… Une fois, sur une grosse caisse d’orchestre qui permet de comprendre qu’on ne doit pas négliger la capacité de l’ampli principal à gérer l’infra grave : il doit en délivrer avec énergie d’une part, mais le tenir d’autre part. Sinon, ben, parfois, ça bave un peu. Mais là encore, pas de façon risible ou grotesque et surtout pas systématique et sans manger la peau de l’instrument non plus.

Les tests croisés sur plusieurs amplis nous révèlent des phénomènes intéressants de ce point de vue, où un ampli à tubes peu puissant mais super rapide gère mieux l’infra qu’une pointure de la doxa.

Cette expérience est passionnante car elle permet de mieux isoler la part du grave dans la reproduction musicale qui, une fois de plus, n’a que peu de rapport avec la vision audiophile de la chose.

On se souvient (sinon on peut relire mes articles) de ce que je pense de la LEEDH E2 :  elle est de ces très très rares enceintes qui permettent d’explorer le registre grave, évitant la déviation clownesque du bas médium souvent considérée comme le grave par les hifistes alors que c’est un miroir déformant dû à la charge, elle chasse cette tricherie épouvantable, expose au contraire les timbres, la variété et les subtilités rythmiques du grave.

On peut se demander à quoi sert, dès lors, l’apport de la voix « extrême-grave » pour la E2.

Honnêtement à rien.

En revanche, il transforme la E2 en un nouveau modèle de la gamme, plus gros, plus extraordinaire, plus riche, emplissant des espaces plus vastes, question qu’on ne se poserait pas chez n’importe quel fabricant dont on accepterait la hiérarchie évolutive d’une gamme comme allant de soi, à la différence près que tout acquéreur d’une E2 peut passer au modèle supérieur sans avoir à changer d’enceintes.

En outre, le 20.1 permet de mieux comprendre la démarche de LEEDH dans son rapport à l’énergie du grave : si la E2 dépoussière les erreurs cumulées par des décennies de hifi inexacte, le 20.1 se contente de renforcer l’énergie naturelle de la E2, transformant un grave organique en grave physique, assénant deux vérités majeures :

-    L’apport de ce caisson ultra-rapide sublime l’ampli (oui, je sais, ce n’est pas clair, mais lorsque vous écouterez, vous comprendrez l’image) relativisant franchement le prix du caisson (6000 €) face à celui de la chaîne complète.
-    L’apport de ce caisson fait entrer les E2 dans la cour des gros machins bodybuildés style JBL ou TAD. Evidemment, de mon point de vue, en mieux, plus subtil, mieux timbré, plus homogène.


Attention toutefois, il n’y a pas de magie. Nous avons procédé à un essai de réglage différent, à savoir soulager l’enceinte principale dans le grave par un simple passe-haut et le résultat était déstabilisant car le caisson devenait plus identifiable, plus spectaculaire certes, plus dans la norme d’un caisson certes, mais banalisait le reste de la restitution, voilait partiellement le timbre, donnait une profondeur impressionnante mais artificielle, rappelant ce que nous n’aimons guère dans l’utilisation de ces aberrations techniques.

Autrement dit, l’efficacité idéale de cet objet superlatif est assujettie à la vitesse dans le grave des enceintes principales.

Néanmoins, même dans ces conditions, ce caisson reste très au-dessus de la norme et mérite largement qu’on s’y intéresse aussi pour d’autres enceintes que les E2 !

A ce stade du discours, les hausseurs d’épaules vont pérorer, n’est-ce pas ?
-    « Pourquoi et en quoi ce caisson serait différent ? »

Je crois que, à défaut de tout expliquer, un premier constat s’impose : la quasi-totalité des caissons de graves utilisent des haut-parleurs aux équipages mobiles très lourds (pour les faire descendre en fréquence) souvent sous-bafflés et poussés par des amplis très puissants. Mais, même puissant, un ampli ne peut pas donner de la vivacité à un équipage pesant. Un 38 tonnes en charge ne démarre pas vite même avec 800 CV sous le capot du tracteur.

Gilles utilise 4 haut-parleurs, dont deux 38 extérieurs aux équipages mobiles standards, les deux HP intérieurs étant destinés à « créer le vide » afin de simuler une charge infinie, les 38 dès lors fonctionnant comme à l’air libre et en push-push dans le cas de ce caisson. On retrouve ainsi l’énergie physique tant appréciée des audiophiles d’antan qui n’appréciaient rien tant que l’impact que procuraient des 38 à membrane papier (et équipage plutôt léger, contrairement à ce qui se fait souvent maintenant sur ce genre de diamètres), quitte à ce que ça ne descende pas vraiment (charge Onken par exemple).

Ici, l’emploi de la charge étant totalement dédiée à un faible ambitus, elle descend, comment dire, euh… grave…