Jean-Marie Piel

Jean-Marie Piel

 

11 octobre 2014

 

J’ai appris un peu tardivement le décès de Jean-Marie Piel.

 

Avec une grande tristesse.

 

J’ai hésité à écrire ce billet, de quel droit après tout, puis me suis dit que pour ceux qui n’ont pas eu la chance de le rencontrer, je voulais apporter ma petite pierre émue à l’hommage que lui rend le monde de la musique.

 

Nous nous sommes rencontrés par hasard sur un salon de haute-fidélité, il y a… ouh là 20 ans au moins, où nous avons commencé à bavarder et rire, beaucoup au détriment de ce que nous écoutions il faut bien l’avouer.

 

Depuis, sans vraiment nous connaître, nous nous croisions de temps en temps, échangions quelques mots, un verre, un déjeuner, nous partagions clairement une même perception de ce que devrait être la haute-fidélité, la même revendication face au fatras moyen du haut-de-gamme.

 

L’immuable jeune homme était délicieux, intelligent, cultivé, grand amateur de littérature française notamment, mais, loin d’une image d’intellectuel embastillé dans sa tour de savoir, était aussi un bon vivant aimant tous les plaisirs de la vie, la sensualité qu’il cherchait jusque dans les systèmes de reproduction musicale et ne trouvait que rarement, même si sa gentillesse l’empêchait d’insister sur ce point.

 

L’homme manquera à beaucoup, à sa famille en particulier bien sûr mais aussi tout simplement à tous ceux qui l’ont connu peu ou prou. On ne pouvait que l’aimer.
Mais le critique de haute-fidélité nous manquera énormément à mes collaborateurs et moi-même parce qu’il était le seul à savoir vraiment faire la part des choses entre le commun et l’exception, la délicatesse et la nécessité, et son talent pour décrire les sensations de la perception harmonieuse était d’une beauté littéraire absolument unique, d’une musicalité sans pareil, n’hésitant pas à détourner le vocabulaire lié à d’autres sens, d’autres plaisirs, parfois œnologiques, pour exprimer le frisson.

Je lui dois un terme qui m’est cher et dont nous avons beaucoup discuté : Expressivité.

 

Peu employé pendant des années dans la presse audiophile, il est galvaudé depuis quelques années hélas, comme tant d’autres.

Mais ce mot là t’appartiendra pour l’éternité, Jean-Marie.
On devrait le remplacer par Piélitude peut-être, pour lui redonner son vrai sens.
Je ne me permettrai pas.

 

AC