devialet

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Suite à de fréquentes discussions au magasin avec des passants qui enclenchent le récurent sujet Devialet «ah, vous vendez Devialet vous aussi ?», je me sens un peu contraint de replacer l’église au milieu du village (une fois de plus ?) :


staCCato a proposé Devialet bien avant la plupart de ses confrères et a même été le premier magasin hors Paris à s’intéresser et défendre la marque.


Pour tout dire, pendant longtemps, nous n’avons pas été si nombreux en France et Devialet s’en étonnait avant d’ouvrir leur propre boutique, étape qui a refroidit l’ardeur de quelques-uns. Pas la nôtre. Pas à ce moment.


Deux raisons me conduisent à cette mise au point :
-    L’orgueil.
-    L’évolution de la pensée Devialet et des produits qui me correspondent de moins en moins.


L’orgueil, c’est simple : quand j’ai demandé à écouter le D-Premier et ai choisi de le représenter début 2010, mon choix était de l’ordre de l’aventure.

A ce moment-là, Devialet était une jeune société dont certes on devinait l’appétit féroce mais je doute que quiconque eût pu subodorer que les technocrates qui l’animaient lèveraient de tels moyens.

D’autant moins que les objectifs qu’ils affichaient à l’époque n’allaient pas dans ce sens, quelle que soit la légende six ans plus tard qui inciterait à penser que chaque étape de la grande conquête affichée a été anticipée au millimètre.


Pour un petit magasin comme staCCato, se lancer dans la présentation d’un appareil vendu 10 600 € (avant l’arrivée de « Devialet Air »), hyper-technologique, unique produit du catalogue, pourvu de 2500 composants donc irréparable au cas où la start-up connaîtrait des difficultés et auquel personne ne s’intéressait alors en France relevait d’un pari audacieux.


Pourquoi l’ai-je pris ?


Tout d’abord parce que je trouvais l’initiative d’une jeune société française de proposer enfin une autre image de la hifi - via une technologie de rupture avérée - sympathique, intéressante à suivre et, modestement, à épauler.


Ensuite parce qu’à la même époque, je prenais un pari du même genre avec la toute nouvelle et prometteuse Leedh C et il fallait un ampli qui soit raccord avec ce que je ressentais face à cet objet insolite : un moyen de proposer une « autre » haute-fidélité à d’« autres » chalands plus orientés vers l’objet atypique et chic.


Et puis, parce qu’en comparaison avec un grand nombre des acteurs « amplis massifs stéroïdisés » adoubés par la vox populi, intransportables et virils en diable, le Devialet tenait le défi de la confrontation sonore dans une robe d’une beauté absolue, celle qui a d’ailleurs nécessité tant d’inventions technologiques.

N’oublions pas que le premier pari a été de faire tenir un appareil hybride performant dans 26 mm et si certes ce bel objet n’écrasait pas forcément la totalité de la concurrence, il tenait souvent la corde.


Une qualité de timbres certaine, grande cohérence dynamique, capacité rare à homogénéiser les registres même sur des enceintes difficiles, et une transparence également répartie sur tout le spectre avec fluidité. Pas si mal, n’est-ce pas ?


Mais… l’évolution de la société Devialet et surtout des produits nous a progressivement conduits à prendre un peu de distance ; ainsi, l’arrivée de la gamme Expert (actuels D120, D200, D400 etc…) et les évolutions de Firmware, sans compter l’absence de réponse satisfaisante à des impasses agaçantes, ne nous donnaient pas l’impression que le partenariat allait toujours dans le bon sens, en tout cas pas forcément celui de la probité musicale, même si je sais que cette dernière assertion va faire hausser bon nombre d’épaules. M’en fous, je sais ce que je dis.


La voie suivie dans l’évolution sonore se dirigeant vers une sur-pixellisation un peu « voyante » ne nous plaisant pas vraiment et surtout la découverte de quelques contraintes d’exploitation pour en tirer le maximum commençant à transformer ce formidable joujou destiné à une utilisation candide en engin un peu trop audiophile marquèrent les prémisses de notre éloignement sentimental.


Si le slogan « demain tout le monde aura un Devialet » a été mal compris (je suppose qu’il fallait entendre : Devialet va dans le sens de l’avenir, intégration maximale dans un encombrement minimal, comme il ne viendrait plus à l’idée de personne aujourd’hui de chercher un téléviseur à tube), quelques… exagérations de communication cependant, une attitude un peu hautaine assénant qu’un Expert est le meilleur ampli du monde par exemple notamment parce qu’il ne distord pas, avaient de quoi irriter un peu.

Quelques jeux sur les mots également, tel que présenter la gamme Expert comme un streamer, hum oui, pas exactement quand même au sens généralement perçu, à savoir que pour écouter sa musique en streaming sur un Expert il faut passer par un ordinateur là où un streamer (lecteur de réseau) est un appareil appelant et autonome.

Au quotidien, ça fait une grosse différence.


Pas grave, mais quand même, une série de petites piqures comme ça… provoque furtivement un début d’allergie.
Et enfin, est-ce le temps passant ou, comme je crains de l’avoir perçu, une volonté de rendre la machine plus « brillante» quitte à oublier d’autres critères essentiels de la reproduction musicale, sont-ce les progrès de la concurrence ? Qu’importe : nous avons été de moins en moins interpellés par les éventuelles qualités musicales de la machine, la trouvant de plus en plus… Je ne sais pas. Lustrée ?


Et nombreux sont ceux qui ont constaté comme nous que les ambitions de meilleur ampli du monde étaient, comment dire… sujettes à divergences d’opinion. Alors que, et j’insiste sur ce point, nous avons longuement travaillé à en optimiser les performances par des choix de câbles, des conditions d’utilisation un peu drastiques, voire audiophiles, et donc pas toujours reproductibles au quotidien d’un particulier.


Bien sûr, les férus de vérité technologiques nous objecteront que nous aimons les colorations de nos chouchous face à l’objectivité scientifique d’un Expert.


Soit.
Toutefois, si on compare un appareil qui reproduit le rebond dynamique de l’archet sur les cordes, le boisé, la vibration d’une fin de note exquise, ou encore les subtilités de grain d’un virtuose soufflant dans son instrument, les éraillures abrasives sur un accord ardu de Stratocaster face à une machine qui lisse le tout sous prétexte d’objectivité, je crois qu’on peut discuter du facteur coloration et de sa vocation à condenser l’universalité de la mystification musicale.


La coloration ne consiste pas en un seul mensonge par excès : le mensonge par omission ou simplification est tout aussi ravageur, voire plus quand il concerne la virtuosité engagée des musiciens.


D’autant qu’est rapidement apparu SAM dans la volonté de Devialet de contrôler le signal (la musique ?) jusqu’au bout, intervention en amont qui commence quand même à faire joujou avec la modulation, présentée comme une invention breveté et qui en est une techniquement, soit, mais ne fait pas oublier qu’il y a trente ans dBX proposait déjà des systèmes prétendant corriger enceintes et pièce et en utilisation dynamique. Et combien d’autres depuis ?


N’est-il pas un peu équivoque d’affirmer respecter le signal mieux que quiconque tout en faisant agir des DSP pour corriger les « défauts » de vos chères enceintes ?


Les concepteurs d’enceintes, rarement consultés, pourraient dire « de quoi je me mêle ? », non ?
Ce qui distingue une enceinte d’une autre, c’est sa manière de gérer manques et défauts, particularités tonales etc… car aucune n’est parfaite par principe. Linéariser tout ça, c’est affirmer clairement une volonté d’homogénéiser les différences.


Corriger les défauts des autres, éroder les différences ? La pente est glissante je crois.


D’autant que le résultat de SAM est souvent plus spectaculaire que subtil, ou en tout cas ne va pas dans le sens de la délicatesse ou des nuances, du grain et des variations multiples qui sont l’essence même de la reproduction sonore. Autrement dit : pas plus de musique à l’arrivée.


Attention, toutes mes réserves qui n’impliquent que moi (enfin, pas tout à fait, disons que moi je m’expose) ne renvoient pas les appareils Devialet de la gamme  Expert du côté des mauvais amplis et on peut raisonnablement se poser la question de l’achat de cet objet qui regroupe en un seul superbe boitier des fonctions qui en demandent  généralement deux ou trois, j’en conviens sans peine et sans vendre mon âme au diable.
La gamme Expert propose de très bons appareils face à une concurrence souvent gaguesque.


Très bons appareils, certes. Mais des références, certainement pas.


D’autant que sont apparus depuis des tout-en-un dont les fonctions de base (Streamer (véritable)/DAC/Ampli intégré) offrent les mêmes services voire plus, et avec une musicalité supérieure, tels chez nous les AVM pour ne citer qu’eux. Et pour ne parler que de solutions intégrées.
Aussi aurions-nous pu en rester là et continuer de proposer la gamme Expert et son esthétique qui ne vieillit pas au milieu d’autres objets avec des vocations et finalités différentes ou complémentaires.

Puis est arrivé Phantom

A suivre donc dans l'article : et Phantom