et phantom

et phantom

... est arrivé.

Suite de l'article : Devialet

 

Restait à déterminer quelle serait ma position quant au Phantom que j’avais évidemment le droit de représenter et au début pensais intégrer à ma gamme dans la catégorie jouet rigolo et génial.


Pourquoi donc ai-je hésité alors que nous sommes parvenus à la conclusion  d’un compromis avec Big Brother acceptant que nous sommes dans une situation un peu particulière à Nantes avec deux représentants très voisins ?


Possiblement à cause du bruit médiatique précisément, mais aussi des facéties et exagérations colportées à droite à gauche, importateurs ou fabricants, clients, Devialet itself et relayés par les média qui simplifient honteusement la réalité à la fois qualitative et économique de ces objets.


J’ai, à ce sujet, particulièrement apprécié l’apparition du machin dans le décor de « A nous les terriens » d’Ardisson, sabrant peut-être les préceptes de la CSA, tout autant que, lorsqu’à l’occasion d’une soirée du « Petit Journal » consacrée à Fleur Pellerin - notre sympathique et un peu démunie ex-ministre de la culture - au cours d’une visite privilégiée de son cabinet de travail, on découvre comme par hasard un Phantom posé à peu près n’importe comment sur son bureau (sur son bureau avec le câble jaune traversant l’objet d’art !) dont elle vante la qualité de son tout en ramant désespérément et vainement pour le mettre en route, le caressant pour vérifier qu’il est bien chaud et affirmant que ça marchait pourtant la veille !
Règlement de compte à « OK Canal » ? On ne saura jamais, évidemment.


Face à la surabondance de chimères, il y a pourtant une réalité facile à comprendre et qui n’est pas insultante.


Comment dire ?


Tous ceux qui aiment la photographie ont rêvé un jour d’un appareil-photo doté d’un capteur 40 MPixel plein format (24x36) équipé d’un formidable objectif zoom dont la focale varierait de 12 à 12 000 mm équivalent 24 x 36 ouvrant à f2 constant, évidemment d’une qualité de Leitz et sans la moindre aberration, dans un format compact, pesant moins d’un kg, et bien sûr, donnée incontournable de nos jours, pas cher.
Or, un jour, les dieux de la photographie inventent l’appareil « Bridge » et nous disent : voilà, c’est fait !


Mouais…


Sur le papier ça marche.


Sauf que : pas de plein format, pas de grande ouverture constante, un piqué moyen, l’électronique prétendant corriger les manques optiques, etc…
En pratique à partir d’un Bridge, on peut faire des photos correctes en lumière moyenne, sans contrastes marqués et à condition de ne pas trop forcer sur les extrêmes focales quand même, ni sur le diaph, ni compter maîtriser les basses lumières ou jouer sur la profondeur de champ, ne pas être regardant sur les dégradés de gris, le sfumato etc… Et de ne pas vouloir imprimer trop grand.


Donc accepter un honnête compromis face à des appareils prestigieux à objectifs séparés pesant des tonnes.


Eh oui : à un moment ou un autre, la physique impose des limites…


Et puis, avouons-le : si demain un tel appareil existe, en aurons-nous encore envie ? Aura-t-on plaisir à avoir le même appareil photo que tout le monde ? L’inaccessible n’est-il pas un ingrédient majeur du rêve ?


Alors je pose la question : le positionnement de Phantom en audio n’équivaut-il pas à ce Bridge magnifique en photo amateur ?
Qui prétend faire la même chose qu’un boîtier Reflex ou grand format muni d’une optique de compétition à 10 000 balles…


Pour paraphraser une antique émission de la télé :
« Je suis je suis une enceinte autonome compacte qui peut tout faire mieux que les gros systèmes très chers ? Je descends à des fréquences inaudibles dans le grave, j’ai -0, 000000000% de distorsion (faudra me prêter les instruments de mesure idoines à ce propos), je peux monter à des niveaux de sono, j’ai réinventé les lois de la physique grâce à une technologie de pointe oscarisée par plus de 80 brevets (hihi), je suis je suis la meilleure enceinte du monde ?
Je suis Phantom…
»


Soyons plus clairs : un Phantom c’est génial pour animer une grande fête avec plein de potes au bord d’une piscine, c’est pratique pour sonoriser diverses pièces de la maison, ou avoir de la musique à son bureau, c’est un moyen sympa d’avoir un Home Cinema compact et spectaculaire pour regarder « Avatar » (au hasard), et c’est déjà formidable.


Mais ne soyez pas surpris si les démonstrations à la Maison-Mère se font avant tout sur Beyonce en public avec 10 dB de trop dans le bas-médium, ou sur la bande annonce de Star Wars et pas sur un quatuor à cordes ou un Miles Davis, ni Agnes Obel ou quoi que ce soit qui réclame un peu de poésie dans quelque secteur musical que ce soit.


Il faut reconnaître que, vue la banalité fréquente de la GHFI (Grande Hifi Internationale) haut-de gamme, que ce soit par la vulgarité de restitution ou l’indigence de communication, tout fait ventre à persuader les candides, surtout avides de nouveautés techniques, du bien-fondé de l’autocélébration du Phantom.


Evidemment, on a envie de défendre une start-up française qui objectivement révolutionne un monde dormant. Mais avec des méthodes qui font quand même un peu rire. Ou frémir. L’affirmation par l’argent n’est pas la preuve d’une qualité.


Avec le danger corollaire que les nouveaux venus à la musique, déçus par le résultat quand même orienté que procure le « casque qui fait du bruit », ne considèrent hélas que, si ce qui est vanté comme le meilleur système du monde est si moyen, que penser du reste alors ? Sans bien sûr ressentir la nécessité d’aller vérifier, c’est bien naturel puisqu’on nous a affirmé haut et fort, ministres en tête, que Phantom ou Expert représentent le fin du fin.


La voilà peut-être la vraie raison de mes réserves face aux « champions  du monde de l’objectivité» : il m’est difficile de m’associer à des déclarations souvent sur le fil.


Meilleurs amplis (avec des évolutions amusantes dans les argumentations sans doute parce que, à un moment c’était clairement excessif, et donc maintenant meilleur ampli hybride), meilleurs enceintes (idem, maintenant c’est la meilleure enceinte connectée du monde, c’est plus humble), meilleurs système de reproduction, on finit par se demander dans la logique de communication ce qui justifie encore la gamme Expert si le Phantom  peut remplacer toutes les enceintes de la création.


Que faire alors face à cet envahissement médiatique, cette façon de surfer sur la force mercatique et la consommation à l’excès ?


Rien bien évidemment, si ce n’est rester vigilants et protéger ceux qui nous font confiance en leur disant respectueusement : attention, la vérité n’est pas si simple.


Alors voilà : j’ai toujours de l’Expert en magasin, parce que ce sont des appareils tout à fait défendables, je n’ai pas Phantom, même si je le regrette un peu parce que, présenté comme un objet moderne ludique et à vocation festive ou démonstrative ou pratique, il y aurait eu sa place. Mais je ne me vois pas accepter un pacte tacite qui, compte tenu de ce que je défends ardemment, me ferait rentrer dans un jeu ambigu avec la vérité.