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Le sommet du levant

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Japon

 

Depuis quelques temps, nous réfléchissions à faire entrer Fostex dans la collection staCCato.

Une belle et solide marque que les audiophiles du monde entier connaissent pour ses haut-parleurs notamment de rendement élevé, ou encore les mythiques petits large-bandes d’une expressivité avérée (les fameux FE103 par exemple) ou les tweeters à compression prestigieux.
    
Fostex, c’est aussi une gamme d’enceintes haut-de-gamme proposées à un prix singulièrement raisonnable quand on considère la technologie embarquée et la qualité de réalisation ou les détails de finition.
Nous avions testé avec plaisir le modèle G1302MG, à savoir la première colonne de la série G qui est le haut-de-gamme de la marque, au-dessus de la série GX donc. Oui, ce n’est pas simple car la hiérarchie des modèles est croisée d’une série à l’autre.
C’est sans doute la raison pour laquelle nous hésitions sur le modèle à prendre en haut de liste entre l’envie de choisir le vaisseau amiral, la G2000a, et la sécurité de présenter la plus réputée GX250MG, un peu joufflue quand même à une époque où on favorise l’intégration.


Puis on nous annonce une G1003MG, colonne fine, avenante et ultra-performante par une technologie avancée lui permettant de s’imposer comme la première colonne équipée intégralement de haut-parleurs à membrane magnésium et qui plus est des transducteurs grave et médium de même diamètre  et de technologie HR pour une homogénéité de timbres parfaite et que le prix positionne en face de la GX250
Evidemment avant de prendre une décision nous avons voulu connaître la G1003MG. Parce que bon, c’est bien gentil la technologie, mais dans le domaine musical ça n’est la preuve de rien, la liste des exemples d’un dévoiement technologique vain est pléthorique.

 

G1003MG


L’objet est vraiment raffiné, sobre aussi, une intéressante conception de l’élégance, discrète et irréprochable. La laque noire de l’enceinte qui nous a été confiée est un modèle du genre, avec de la profondeur et que l’on devine résistante. L’apanage d’objets généralement très chers, ou très artisanaux.
Moi qui ne suis pas fan de l’idée de voir des haut-parleurs, je reconnais que, cache retiré, le look de la G1003MG ne plaît beaucoup : l’intégration métal / laque se fait en finesse pour créer une discrète sculpture moderne.
La première question qui vient à l’esprit est cependant : pour 10 500 € la paire, on est loin de la frime ordinaire, démesure ou ostentation. La G1003MG est en effet très fine et pas spécialement haute, très joliment proportionnée et par conséquent d’une discrétion totale. Trop ?


Voilà pour le plumage. Passons au ramage. Ou plutôt, espérons, l’anti-ramage.


Il aura fallu moins d’une demi-journée à ces petits bijoux  pour s’affranchir des crispations premières en sortie de caisse. Elles sont probablement déjà rodées pour donner le meilleur d’elles-mêmes aussi vite.


Sur un ensemble Accuphase (DC37, quel merveille & E600), l’équilibre tonal est irréprochable, l’ouverture remarquable du médium ne crée pas de zone privilégiée pour autant, l’homogénéité des attaques, rapides et variées sur tout le spectre, réconforte, et les timbres délicats et très très convaincants sont façonnés par de beaux effets de texture.
Malgré un rendement faible annoncé, l’Accuphase E600 (30W) est très à l’aise et aucune crispation dynamique n’apparaît même en écoutant à des niveaux rarement possibles en milieu domestique. Pas de distorsion, pas de projection, je soupçonne que le rendement annoncé est délibérément sous-estimé ou pour une fois tout simplement honnête.
Admirable intelligibilité qui ne tient pourtant en aucune manière de l’artifice clinique car laisse les subtilités diverses et les arrière-plans à leur place dans l’environnement de la salle.


Bref, la musique, quelle qu’elle soit, s’épanouit ouvertement via de belles variations rythmiques, offrant un plaisir du swing immédiat, la compréhension des moindres intentions ou inflexions procure le frisson de suivre les évolutions complexes des musiciens même les plus discrets dans l’orchestre et, sur des musiques plus électro et punchy, le grave surprend par sa vigueur sa tension et sa redoutable efficacité compte tenu du petit diamètre des haut-parleurs et leur faible débattement : une étude superbe et la preuve que parfois quand même la technologie offre des avantages.


D’autant que rien ne vient entacher la résolution de l’ensemble, pas le moindre son de boîte, aucune coloration de charge (ça alors !) et pas de distorsion… Magnifique performance. Des contrebasses, définies et boisées, une précision des attaques de bas en haut du spectre au profit d’une accessibilité de chaque instant, mot, souffle, frémissement, c’est superbe.


Un peu comme avec les Wilson Benesch Square 5, on est au croisement de ce que devrait être un bon monitor et d’une enceinte incontestablement vouée à l’intelligence de toute musique.


Jamais démonstrative, rigoureuse, juste, la G1003MG déstabilisera probablement les candidats à la hifi caricaturale qui ont acquis qu’une bosse à 60 hZ c’est du grave, mais qu’importe, les assoiffés de meilleure musique comprendront.


Nous avons évidemment croisé les combinaisons. C’est curieux mais à chaque changement de configuration, il faut un long moment pour que l’enceinte s’installe et se détache d’une simplification des couleurs un peu dures avant de donner le meilleur tout simplement, un peu comme si elle devait se « polariser » à chaque étape.


Avec un ensemble Eera Intégral / Atoll IN400, on retrouve les performances, précision, couleurs, vivacité, profondeur, certes à une échelle un peu moindre, mais sans jamais perdre l’essentiel de vue : la musique, sans fioriture, sans fard, pourvue d’une aisance et un plaisir incontestable.


Enfin un court essai avec un ensemble Pré/Dac Gato PRD-3 & by staCCato confirme tout ce qu’on a ressenti jusqu’alors, avec sans doute un soupçon de moelleux en plus, mais cette fois on doit utiliser la contre-réaction sur le by staCCato, peut-être à cause du faible rendement.


Bref, sans jouer à fond la carte de l’expressivité, ces enceintes sont vraiment très attachantes, dans une option zéro défaut et avec un engagement lyrique évident, permettant de tout comprendre des intentions musicales, Mahler ou Gubaïdulina, Doug Wimbish ou Neneh Cherry, Dalis Car ou Bernard Lavilliers, tout fait ventre au plaisir direct des sensations.

 


Pour autant reste la question d’un peu plus d’exubérance, de saveurs avec la GX250, qui plus est, couverte de médailles.

Ma tentation personnelle aurait plutôt penché pour la G1003MG, discrète et raffinée, de petites dimensions et d’une rigueur tonale et dynamique aussi idéales que sa transparence.
Mais on s’est dit que pour une fois, un truc un peu plus bluffant ça nous convenait bien.

 

GX250MG

 

Bluffant au sens d’un objet dont les dimensions commencent à l’imposer dans un honnête salon domestique, car l’emploi, peu fréquent, d’un transducteur de 25cm dans le grave procure inévitablement à l’objet une notable stature.


Bluffant au sens où précisément un 25cm de technologie avancée (membrane HR) signe des sensations rares.


Mais que la bestiole prenne ses aises dans notre audi signifie bien évidemment qu’elle a franchi le concours d’entrée haut la main sur nos fondamentaux (très) stricts.


Nous avons enchaîné une 7ème de Beethoven par Chailly (très belle intégrale au passage), un Quintet pour cordes de Schubert D956 par Prazak, du contemporain avec Christian Zanési, l’Oiseau de Feu d’Andrew Litton et « I’m afraid of  Americans » de Bowie dans sa version produite par Eno, le « remix » par Reznor, à peine les enceintes étaient déballées.
Puis Brel, puis Berlioz, Humair, Audioslave, Bacewicz, Catfish et j’en oublie en deuxième journée alors que les enceintes s’ouvrent de plus en plus, s’installent.


Sur Accuphase A36 et E600 et sur un Rogue Pharaoh que nous avons en test.


L’esprit est bien évidemment le même que la formidable G1003MG (qui viendra bientôt compléter notre collection), accompagné d’un foisonnement un peu plus ample, subtilement moins janséniste, sans bien sûr tomber dans l’excès pondéral de la hifi HdG standard, bien au contraire : de l’impact, de la densité, du corps, mais pas de mauvais cholestérol car le grave est rapide et vise, par la stabilité idéale des charges, à procurer des fondations rassurantes aux matières, à condition évidemment de choisir impérativement une électronique se défiant de la phtisie.


La vitalité est identique sur tout le spectre, le swing impeccable, les timbres délicats et soutenus par une justesse charnelle très séduisante.  On atteint alors un engagement, une tournure éloquente, peut-être par la médiation d'une présence physique très affirmée que ne procure pas la G1003MG plus inflexible.


Pourtant, c’est bien la même famille, la même volonté de transparence, l’aplomb et l’absence de distorsion même à fort niveau, une profondeur crédible et un sens des nuances ensorceleuses…
GX250MG ou G1003MG, même bonheur musical à l’arrivée.

 

Pour être honnête - or je ne pense pas faire spécialement preuve du contraire ou vendre mon âme au diable de la GHFI -, un des freins à l’entrée de Fostex était de ne pas vouloir donner l’impression d’une collusion avec un distributeur sympathique, diviser mon humble et cher magasin, ma maison, mon quotidien, entre Atoll et Accuphase ou consort.


Non, définitivement non ! Nous avons écouté, écoutons et écouterons des centaines de « produits ». La providence fait que nous trouvons chez un partenaire de qualité des objets qui nous conviennent (pas tous d’ailleurs). On en profite, on y détecte une sorte d’attente commune agréable à partager.
Et ce n’est qu’un début ; d’ici peu, la présentation sera complétée, possiblement par la G1302MG.
Ou la G1003MG. On verra.


Bienvenue à Fostex, passé et modernité dans une même geste.

 

NB : parfois j’emploi le mot geste au féminin.
Non, il ne s’agit pas d’une faute, mais d’un choix (snob, c'est vrai), geste employé pour désigner (métaphoriquement dans ma prose) un ensemble de longs poèmes, composés du XIe au XIVe siècle où sont chantés les hauts faits de personnages historiques ou légendaires.