heco direkt

heco direkt

 

Allemagne

 

A Munich cette année (2016), j’ai repéré une enceinte dont je trouvais le look sympa qui hélas n’était pas en écoute.
Seul le prototype de sa grande sœur était installé et encore, un peu à la va-vite, une grande sœur qui vient d’arriver au catalogue.
Cette enceinte que je trouvais originale, c’est évidemment l’Heco Direkt, sinon à quoi bon l’article, n’est-ce pas ?


Originale, ça veut dire une présentation moderne dans une silhouette d’antan, un côté vintage/moderne très réussi par des proportions à l’ancienne (pas très haute, très large, peu profonde), mais des angles arrondies pour adoucir les proportions, une bande centrale en demi-ton venant couper la large surface du baffle et des pieds aluminium qui inclinent fortement l’enceinte vers l’arrière et dégagent les évents situés sous l’enceinte ; des choix techniques un peu à l’ancienne aussi (un gros haut-parleur de grave (27 cm quand même) relayé par un gros dôme de 28 mm couplé à une amorce de pavillon.


Bon certes l’objet a de l’allure mais, né d’une marque allemande que je ne connaissais pas (alors qu’elle œuvre depuis 1949 !!!! On a vraiment un problème de com-munication en Europe) qui est maintenant dans le même giron que Magnat ou Oehlbach, rien qui me fasse rêver, je n’ai pas creusé plus profond.


Jusqu’à ce que (je distille bien l’intrigue quand même, non ?) je m’aperçoive que l’Heco Direkt est présentée en Angleterre par notre pote Jack Durand qui distribue les Tune Audio ! Ce modèle précis et pas un autre car, à y regarder de plus près, Heco propose une gamme pléthorique d’enceintes très convenues avec beaucoup de haut-parleurs accumulés, même si certains utilisent l’AlNiCo.
Alors on se renseigne pour savoir s’il y a moyen d’essayer ce machin.

Oui.

Qui plus est le très très sympathique représentant de la marque vient en installer lui-même une paire neuve, que j’ai choisie noire me disant que le gabarit large de l’enceinte supporterait mieux une couleur sombre ; je regrette un peu, elle en jette plus en blanc.
Ça se dit encore « elle en jette ? »
Je me sens vieux tout à coup.


Et donc nous avons testé les objets singuliers.


Difficile de se débarrasser de l’apriori que vouloir faire une deux voies avec un gros HP et un gros tweeter à dôme entraîne une zone de relais délicate.
Les premières heures vont évidemment confirmer ce bug technique par un creux manifeste dans le médium des violons mais il y a quand même quelque chose d’attachant dans ce que j’entends qui me conduit naturellement à l’envie de prolonger le rodage pour voir si avec le temps cette tendance loudness va s’atténuer, voire disparaître.


Il est intéressant de constater, en tout cas aux premières heures, que l’Heco Direkt préfère des amplificateurs un peu libres plutôt que trop tenus… Neuve, l’Heco Direk n’aime pas l’Accuphase E370 qui accuse vraiment le manque dans le médium et semble aussi ne plus avoir de jus dynamique, ce qui n’est vraiment pas son caractère.


Enfin, non d’ailleurs, le constat se complique car évidemment, branchée sur le Grandinote Shinai (quelle merveille !), ces limites ou défauts disparaissent totalement, mais bon, la facture n’est pas homogène. Et puis le Grandinote a certes un facteur d’amortissement élevé mais pas de contreréaction.
Un peu plus de liberté avec un IN400 Atoll qu’avec l’E370, mais là encore, l’Heco Direkt neuve ne lui rend pas hommage et c’est finalement avec un Jolida JD303 à moins de 2000 € qu’on s’amuse le plus...


-    Que raconte donc Heco Direkt après sept ou huit heures de fonctionnement ?
Une histoire de musique et musiciens, sans aucun doute, mais vraiment avec son propre accent pour l’instant. Qui n’est pas du tout désagréable.
Elle en fait un peu trop, elle surjoue sans doute, mais elle ne manque pas de panache et de vitalité tout en s’évertuant à repousser toute raideur ou dureté. Je me demande si le concepteur n’a pas voulu une enceinte un peu vin-tage aussi dans son équilibre général.
Qu’importe, on profite d’une très belle profondeur, une ampleur généreuse, une constante douceur, comme par crainte d’un haut-rendement rentre-dedans (car le rendement de ce bel objet est élevé), mais quand même d’une notable rapidité sur tout le spectre qui à défaut de timbres raffinés donne de belles couleurs, une sensation de matières définies, un élan réjouissant et un swing impeccable.


-    Après 15 h environ (un peu moins ?) de mise en action, les rondeurs caoutchouteuses du grave ont disparu, on note encore sur les forte un aigu un peu quelconque, mais le médium commence à ajuster son niveau et la dynamique s’affirme même sur les amplis qui la tenaient trop (Accuphase).
Toujours pas de timbres somptueux mais une palette plaisante structurée par un sens des matières, de la vie et de de l’opulence. Des instants passés (magasin fermé) à écouter à niveau élevé sur Year Zero de Nine Inch Nails et le dernier Christophe, ainsi que sur un vinyle de Grace Jones procurent un plaisir dont on n’a pas l’habitude en hifi, une densité affirmée, gros son tout en gentillesse et sans la moindre projection (au contraire largeur et profondeur sont remarquables) sur une large partie du grave et médium, entaché toutefois de cet aigu encore banal.


Si ce dernier point s’améliore avec le temps, je prendrai Heco Direkt dans mon écurie sans hésitation car c’est une enceinte « plaisir » un peu à la manière d’une Klipsch Heresy mais en moins typée, moins teintée, et surtout avec un gros cœur sans aucun son de boîte ou de charge, affirmant une scène plus épanouie, plus respirante.


Connotée, l’Heco Direkt l’est pourtant dans sa générosité légèrement physiologique mais sans aucun désagrément de toniques quelconque ni déformation constante des couleurs, un peu simplifiées soit, mais cohérentes et pas appauvries par un filtrage colorimétrique déformant.


-    18 h (les écarts se resserrent mais on a été un peu occupés).
Essais avec un Sugden A21SE, le dernier Tricky (Skilled Mechanics), Tears fo Fears (Shout, remix Steve Wilson), le dernier Elysian Fields, un bref passage par Bruce Springsteen et Pierre Favre, à niveau assez soutenu.


Eh ben c’est vraiment très agréable, une énergie notable, du punch, de la densité (ce qui dans ma pièce est difficile à obtenir), du corps même, les timbres restent un peu simples mais très différenciés quand même, ce qui est rendu possible par l’excellente résolution et une mise en espace très minutieuse tout en donnant beaucoup d’air. On en a vraiment pour son argent, la musique surgit généreuse, joyeuse, impactante et, en dépit d’un aigu toujours un peu simple (mais de moins en moins) et très plein, refuse toute forme d’agressivité ou projection.
Très bonne association !!!


- Nouvel essai quelques heures plus tard avec un ampli ppfff Van V3 tout neuf en attente de livraison.
L’enceinte est métamorphosée ! Profusion de timbres, patate physique qui, toute proportion gardée, évoque l’enceinte SON que nous avons écoutée chez 080 ; un peu brutalisée, Heco Direkt surprend par sa capacité à la résolution sur les petits signaux et à ne pas perdre le fil sur les messages chargés.

Pas encore rodée, pas encore tout à fait en place, à l’heure de partir en vacances, c’est décidé, je les garde, on verra bien.

D’autant que Heco Direkt est typique de ces objets qu’on aurait plaisir à «tweaker». Faut voir…