Aki Takase : la planète, par Pierre-Yves DB

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Aki Takase : la planète, par Pierre-Yves DB

AKI TAKASE   LA PLANETE

FLYING SOUL


Aki TAKASE : piano, célesta
Louis SCLAVIS : clarinette, clarinette basse
Dominique PIFARELY : violon
Vincent COURTOIS : violoncelle

INTAKT


Imagine un peu…

Une planète sans gravité, sans boursouflures tragiques, humble et gracile.

On oublie les continents, trop abstraits! Ou, au contraire, trop chargés de symboles projetés, de tropismes abscons.
On garde les paysages-îles, sans passé ni mémoire, qui t’explosent à la figure sans crier gare et se renouvellent à l’envi, comme les jours après les jours...     

Une planète qu’on tiendrait au creux de la main, légère, habitée de l’intérieur, s’ouvrant comme un éventail étrange constellé de couleurs sans cesse mouvantes, de dessins furtifs brusquement animés par le moindre souffle.
Ne la cherche surtout pas dans le cosmos si prolixe, ni même dans un catalogue exotique pour touristes blasés.
Elle ne s’exhibe pas au zénith des coupoles.
Elle naît du simple geste arrondi qui la simule, reflet idéal du désir…    


FLYING SOUL

Compositions d’Aki TAKASE d’après la nouvelle éponyme de Yoko TAWADA

Âme en partage

Mise en scène d’un sous-bois… Est-ce une forêt? Les arbres sont-ils hauts à en percer le ciel et enfourcher la lune? Sont-ils d’un genre particulier, d’une espèce rare?
Le flâneur impénitent s’en moque.
Un courant d’air jazzy, sous son déguisement sournois, le pousse vers l’éveil illusoire.
Bouffées d’odeurs subtiles, certitudes vite évanouies des sens abusés, rêve primitif de cabanes nichées dans les branches.
Parcours chaotique du solitaire contrarié, jeté malgré lui à la rencontre de mirages inconnus mais déjà devinés. Tohu-bohu obstiné de visions anachroniques ou grotesques, lui encombrant la raison et le laissant pantois, sans repère.
Revanche sur l’ombre; une clairière bienvenue comme la première respiration après l’apnée où le regard ose, enfin, se poser sans crainte, presque tranquille.
Anamorphose ou révélation fugace, plus rapide que la conscience?
Soupçon d’une présence muette, anonyme…

Apparence inversée, transposition fictive de racines verticales, les pieds en haut. Images sœurs figurées en alternances opposées. Dialogue intemporel renvoyé par l’écho humide bruissant à la surface d’un étang-écran menteur.

Bacchanale effrénée d’elfes ou de dryades, travestis en démons gentils jouant à se faire peur. Caricature de guerre mais guerre quand même.
C’est à qui prendra le dessus dans l’échange des rôles.

- Quatre instantanés en forme de portraits -

Rouge Stone - Pierre dure, stridente, silex en éclats jusqu’au sang…
Finger Princess - Doigt effilé, armé d’un ongle soigné, être sophistiqué mais avide de blessures…
Morning Bell - Douceur incarnée, ingénue, d’apparence alanguie, profonde en vérité…
Turtle Mirror – Evidence du miroir mais quête de l’imprévu, altérité concentrée en mode mineur…
 

Huis clos en extérieur. École sans murs, comme un cercle magique où l’on s’exerce à lire sous la férule attentive d’une tortue savante.
Apprentissage du vocabulaire en prélude à l’expression des caractères.
Personnages transfuges, cocasses; farce tournant à l’opéra bouffe. Belette, musaraigne et hibou s’escriment à se défier. Fluidité bavarde et balourdise jouée, Turtle Mirror veille.

Intoxication ou abandon?
Esprit du contre-chant, sang-mêlé des postures, sérénité oublieuse de l’attente inassouvie. Réconciliation du temps vécu et du temps espéré.

Plus tard, une ronde d’enfants elfes. Ritournelle et martèlement de galoches avant la course éperdue vers ce rivage oasis sûrement rêvé.
Modifications, transmutations qui s’étirent en boucles extrêmes emprisonnant la ronde (le monde?), ou  seulement son souvenir, peut-être.

Comédie passagère ou piège sibyllin?
La mémoire s’épuise au fil d’impressions évanouies. Quand le remords s’installe, reste l’empreinte infidèle des moments négligés…
L’errance se venge ainsi de ceux qui la poursuivent.



- Quatre autres pièces (comme un voyage vers l’âge adulte) -


Tarentella

Danse moderne. Fugue désarticulée en perpétuelle renaissance, traversant le chas des égarements.
Symbiose claire s'accomplissant dans un souffle quasi continu, en vol libre...

Twelve Ton Tales (composition d'Alexander von Schlippenbach)

Décors juxtaposés. Le trait s'affirme, les écoliers ont mûri.
Le champ du regard s'est fait plus vaste; le cœur plus sensible aussi.
Babel apprivoisée...

Moon Cake

Chansonnette du point du jour sifflée à quatre voix. Effet comique du sourire esquissé sur un visage déconstruit dans son propre obscur...

Piece for «La Planète»
   
Courbes gracieuses, comme soulignées par un trait de fard, se rejoignant au firmament infini de l'angle.
Âme en partage; territoires où chacun a son mot à dire, accord ardent des résonances.
Uns et multiples, unis et grandis...


Plusieurs écoutes de FLYING SOUL et toujours l'émotion. Ou plutôt des émotions neuves à chaque fois, comme si l’œuvre se révélait à petits pas, selon l'éclairage du moment et l'ouverture de l'éventail.
Mosaïques aux teintes fugitives, fragments brièvement exposés à la lumière; le sens caché des inventions se dévoile peu à peu, dans un désordre provoqué.  
L'intensité perdure par delà la représentation offerte (ou simplement retenue), trace trompeuse et insaisissable d'une perfection impossible (la part de l'imaginaire). 

La vie au présent se raconte en phrases courtes, conçues et exprimées dans un même élan. Pensées sonores consonantes, dissonantes, mélangées, irremplaçables.

FLYING SOUL : de voyage en voyage, de paysage en paysage, de monologues en dialogues, jamais achevés...
Charme ingénu des rencontres passagères, jamais épuisé...


Post scriptum

Si seulement, de temps à autre, la nôtre, de planète, pouvait ressembler à cette planète-là.