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Britten, General Elektriks, Jack White

Janvier 2010


Beethoven : Concerto pour violon en ré majeur, Op.61 & Britten : Concerto pour violon, Op 15 + Jack White et autres…

Par Alain


On me reproche souvent de ne pas suffisamment entretenir ma rubrique humeurs et tout particulièrement celles concernant mes coups de cœur musicaux.


Je plaide coupable. J'avoue que je ne me sens pas forcément l'âme d'un critique et n'écris donc pas facilement sur le travail des musiciens, même si je n'en pense pas moins.

Et puis j'aime des musiques suffisamment variées pour souvent trouver du bonheur à l'achat de nombreux disques. Alors pourquoi l'un plutôt que l'autre sans pouvoir non plus ne consacrer mon temps qu'à ce difficile exercice.

Ce matin, j'ai posé un CD récemment acquis dans un lecteur (Eera évidemment !) et j'ai eu envie d'en parler. (Pourquoi celui-là en effet ?)


Les concertos pour violon de Beethoven et Britten, par Janine Jansen, Die Deutsche Kammerphilharmonie Bremen pour Beethoven et le LSO pour Britten, dirigés par Paavo Järvi chez Decca.



Pas d'une franche originalité diront les uns, association rare reconnaîtront les autres.


Peu importe, je suis de ceux qui collectionnent les interprétations d’œuvres aussi marquantes que le concerto en ré majeur de Beethoven, et les propositions du Britten sont suffisamment rares pour qu'on évite de passer à côté, surtout quand elle est inspirée !



Dans le Beethoven, je ne m'extasierai pas sur le jeu de Janine Jansen, irréprochable mais dont la vision n'est pas bouleversante d'invention, surtout si on la compare aux récentes approches d'Isabelle Faust (un vrai décapage ! Formidable) ou à l'excès jubilatoire de Patricia Kopatchinskaja (je ne garantis pas l'orthographe…) accompagnée des timbres si particuliers de l'Orchestre des Champs-Elysées sous la baguette raffinée et dynamique d'Herreweghe, version que je recommande également au moins pour sa revendication de liberté !



Rien à reprocher donc au jeu de Janine Jansen, bien au contraire, le style est élégant, le souffle inspiré, les variations lumineuses et d'une facilité constante, un survol magnifique et riche d'une partition archi-usée. Le tout n'est tout simplement pas très original.
L'orchestre à côté de cela est parfait, toujours à sa place, jamais en retrait, jamais en dessous, un accompagnement vif, délicat, concertant à plus d'un titre et évitant cette attitude souvent pénible de n’être qu’un écrin destiné à mettre en valeur les feux du diamant. Une vraie belle phalange décidément que cette Kammerphilharmonie Bremen.

Bref : une idéale version classique de l'œuvre, et même, je crois, une possible référence pour qui hésiterait entre moult réussites à travers l'histoire du disque : on ne se trompera pas en choisissant cet enregistrement, qui plus est techniquement très honorable, assez cohérent qui ne noie pas l'orchestre ou ne donne pas l'impression désagréable que l’orchestre n'est pas dans la même acoustique que le soliste.



Mais pour le Britten, il faut se jeter sur ce disque sans hésiter !


Œuvre romantique et moderne, aux variations d'une inventivité et d'une difficulté telles qu'un bon nombre de grands violonistes ont hésité à s'y frotter (dont Heifetz semble-t-il), la jeune ( et j… ) Janine n'a pas peur de s'y attaquer et avec une aisance et une inspiration démoniaques : c'est habité, c'est inspiré, c'est stupéfiant et émouvant, ça chante, ça pleure, ça vit ! D'autant que, là encore Järvi et l'orchestre offrent un support d'une précision, d'une lisibilité exceptionnelles pour cette œuvre contrastée et sidérante, trois mouvements tranchés, formant chacun un univers lumineux, d'une inventivité permanente, sautant d'une idée à l'autre avec une jubilation communicative, qui pourtant tissent une continuité et une logique à cette page dont on regrette juste qu'elle soit si courte (sans doute le soliste moins que nous !).

A ne surtout pas manquer, un instant d'histoire, pas moins !




On reste dans la bonne humeur : je recommande dans un registre très différent le récital de la pianiste ( je sais, on va me reprocher de choisir les disques en fonction des photos de couverture ! Eh bien non, juste en fonction de la difficulté d'écriture du nom de l'artiste ) Anna Vinnitskaya : programme sportif s'il en est : Rachmaninov ( sonate n°2 Op 36 ), Gubaidulina ( Chaconne ), Medtner ( sonate Reminiscenza Op 38 n°1 ) et Prokofief ( sonate n° 7 Op 83 ), chez Ambroisie ( Naïve ).


Et croyez-moi, la demoiselle ne fait pas dans le timide : elle attaque bille en tête et maintient la pression en permanence, suivant évidemment les rares relâchements permis par les œuvres ( le Non Allegro du Rachmaninov, le Medtner un peu moins ébouriffant !… ).

J'aime particulièrement la Chaconne pour piano de Sofia Gubaidulina, prise en force, en technicolor, mélange de massivité et de légèreté et si parfaitement contrastée par la jeune Anna. Bravo !


Et puis dans un tout autre genre, histoire de faire un vrai contraste, deux découvertes pas forcément géniales ( n'exagérons rien ! ) mais très intéressantes :


- General Elektriks. Ce n'est pas un groupe, mais un homme qui saute derrière ses claviers vintage, de son vrai nom Hervé Salters, un franco-britannique que l'on ne peut absolument pas ranger dans une case précise, sachant en revanche qu'il a travaillé pour M ou dans le groupe Vercoquin…

Il s'agit ici de son deuxième album : Good City for Dreamers assez surprenant quand même, avec des titres plutôt variés. General Elektriks puise avec délectation dans la pop, l'electro, le hip-hop, la soul, le funk et le jazz engendrant un style à part, si on peut ainsi qualifier ce qui précisément brille par un refus de l'homogénéité.



 - l'autre découverte, c'est le nouveau groupe (après The White Stripes et Raconteurs), formé et produit à Nashville par Jack White : Dead Weather.


Dans ce groupe, Jack White tient la batterie (ben oui, ça surprend, mais n'était-ce pas son premier instrument ?), Alison Mosshart du groupe de garage-rock The Kills (très bien les Kills, surtout peut-être le très prenant et rythmiquement impeccable Midnight Boom!!!) au chant, Jack Lawrence des Raconteurs à la basse et Dean Fertita de Queen of the Stone Age à la guitare.

L'album s'appelle Horehound, je vous épargne la traduction, d'autant que le titre vient d'une plante médicinale, la White Horehound, qui peut aussi bien guérir que tuer. Il aurait été enregistré en trois semaines, dans l'improvisation.


Je suppose que cet album, qui ne semble pas tourner autour d'une idée directrice précise, est à classer dans une vaste catégorie Rock Alternatif. C'est très sombre, une sorte de mixture réussie, un long jam blues-rock poisseux dégageant une atmosphère particulièrement oppressante, à l'accent du sud, mêlant riffs âpres et folk obscur, additionnée de quelques ingrédients funk…

Soit, pas un disque pour tout le monde, mais très réussi dans le genre.