David Chevallier, Standards et Avatars par Pierre-Yves dB

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Standards & Avatars

4 mai 2015

 

STANDARDS & AVATARS


Cristal Records


David CHEVALLIER : guitare électrique - compositions/arrangements

Sébastien BOISSEAU : contrebasse

Christophe LAVERGNE : batterie

Par Pierre-Yves dB


Trois artistes en déséquilibre parfait (ou presque).


Sept cordes + quatre + des cercles, des ronds, des fûts, de la ferraille, du bois ligneux presque domestiqué, des cônes déconnants = une espèce de radeau bizarroïde, hétéroclite, paré pour la course singulière...

Pas une course-affrontement (avec qui d'ailleurs?), pas une course-cocagne à qui c'est qui ira le plus vite, le plus loin, le plus haut, pas une course barbare où l'on s'étripe à tour de bras, cohorte sanglante et braillarde ... Pas non plus une course-champagne avec canotiers et gilets bariolés, sourires factices.

Course placide et sereine en apparence, musardeuse, mais avec des accidents plus ou moins prévus ou pas du tout, magnifique et dédaigneuse, pied de nez aux canons du style, course-odyssée soumise au hasard, comme il arrive généralement sans qu'on s'y attende vraiment.

Le paradoxe du radeau, débarrassé d'accessoires encombrants et disparates tels mâts, voiles, vergues, gouvernail, ou superfétatoires du genre sextant, c'est que, privé du moyen d'influer sur sa destinée, il est totalement prisonnier, livré aux caprices exclusifs et jaloux des vents, des courants, des marées, mais pourtant absolument libre, insouciant, captif de la seule idée première, génitrice de son existence comme de son futur. Il est avatar par nature.

En course donc.

La vague humaine roule d'un bord à l'autre de Broadway, portée par une chanson de coin de rue dans laquelle il serait question d'amour et d'espoir (ou d'attente?). Chanson ici sans paroles, susurrée plutôt que fredonnée par des milliers de gosiers et dont l’écho bourdonnant résonne encore par-delà le Manhattan des années folles.
Bribes égarées et réinventées en tourbillon jour après jour, Betty Boop transposée en Desdémone éperdue, ou l'inverse selon l'humeur du moment. Cette histoire, écrite au temps infini, ne cessera jamais.
Mutation du prisme en grand huit, cascades solaires sans issue mais sans tristesse, un zeste d'ironie dans la mise en scène et quelques tours de passe-passe en clin d’œil, à saisir vite, impromptus.
Trampolino sonore, timbres décalés d'une joute d'aléas quand le labyrinthe prend l'eau de toutes parts.

Le radeau, simple et fruste, présente l'immense avantage de pouvoir se glisser sous les ponts les plus bas, les plus modestes, et ainsi d'explorer les méandres oubliés des mémoires obscures, à distance de la vaine agitation des espaces ordinaires, d'envahir nos songes à n'importe quel moment, n'importe où. Instants revendiqués et abrupts, révélateurs de nos solitudes.                  

Curieusement, les détroits familiers (Kern, Porter), mille fois empruntés auparavant, exhibent des contours inconnus et changeants, incongrus, à rendre fous les géographes. Les lignes claires explosent en une multitude de points autonomes et revanchards, allures libertaires d’îlots épars en perpétuelle errance.
Transfiguration fortuite de cadences bien ordonnées et modification à peine perceptible des battements de cœur, états sûrement consécutifs à l'effort que provoque une quête étrangère aux volontés initiales, quasi instinctive.
Pirouettes enchaînées en grand écart, laissant entrevoir une sortie possible.            
Idiome partagé, dédale miraculeux et si nécessaire où tout devient illusion, utopie, dédain des certitudes apprises.

Navigation circulaire, déchirée d'allers-retours convulsifs, même pas désirés. Choix de l'abandon inné, refus d'une lutte inutile et présomptueuse. L'esprit s'égare dans une dimension qui lui échappe, marionnette imbécile et agitée, guidée malgré elle.      
Réponses sans questions, en champ ouvert, sur l'ordre visible des choses, sur nos sentiments.

Havre tranquille, pesanteur du silence écorné ça et là par de brusques stridences étouffées, pudiques. Absence de couleurs ou plutôt monotonie d'une teinte sépia, aigre-douce, fade, morbide, celle d'un vieux journal oublié quelque part. Pourquoi alors cette impression de moiteur plaintive, immobile, comme hantée par le cri? Convocation de peurs anciennes, enfouies dans les tréfonds de nos pensées et réveillées en sursaut? Il y a longtemps maintenant, Billie Holiday nous a parlé d'une bien étrange et amère récolte... Silence des mots.
               
Fin de l'escale, violente, exténuante. Départ tout en douceur vers l'âge d'or quand le corps se repose et retrouve son calme. Illusion de facilité aussitôt démentie par le fracas de nos doutes (Car c'est ainsi que nous allons, barques luttant contre un courant qui nous ramène sans cesse vers le passé. – Francis Scott FITZGERALD). Réminiscence d'un air de comédie musicale, lequel déjà?   


«La vie est une collection d'accidents.»   F. S. FITZGERALD (encore).


Un avatar de tableau à la Chagall...

Extérieur nuit - Une guinguette assez classeuse laisse entrevoir par ses fenêtres illuminées un intérieur qu'on devine chaud et enfumé, peuplé d'ombres immobiles. Le store distendu à rayures sans doute grises et blanches, comme un costard de mac ou à peu près, surplombe un ramassis de lampions rouges, orangés et verts, disposés en guirlande, éclairant de manière diffuse la façade fichée sur un trottoir incertain et blême. En fait (il faut le savoir), le sujet intéressant c'est le chien noir, sans collier semble-t-il (comme le radeau, quoi), qui pisse un peu plus loin contre ce réverbère passablement tordu, émergeant avec peine d'un halo tout poisseux de brume jaunâtre.