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Ducret, Konpatchinskaya, Fauve, Volodos, Wright, Savages, Depeche Mode


Juin 2013




Tower, volume 1 de Marc Ducret, Mompou par Arcadi Volodos, Bartok, Eötvös, Ligeti par Patricia Kopatchinskaja, Blizzard par Fauve (non, ce n’est pas la sculpturale danseuse), Shannon Wright, Savages, Depeche Mode, pfiou…

Par Alain



Commençons donc par Marc Ducret et le premier volume de Tower.
Avec Kasper Tranberg (trompette), Matthias Mahler (trombone), Fred Gastard (saxophone basse), Peter Bruun (batterie).


Si j’ai bien compris ce qu’on m’a expliqué, Tower est avant tout une expérimentation de scène, sur des structures et des formations changeantes.


Et si j’ai bien compris, les compositions seraient bâties autour de divers extraits de « Ada ou l’ardeur », de Nabokov, mon Nabokov préféré soit dit en passant.


Peut-être est-ce en référence au bouquin que ce disque, pas vraiment facile, dédaléen, nerveux, bondit sur des voies sans cesse changeantes, comme un cache-cache incessant rendant l’opus complexe et passionnant, tout particulièrement la première et longue plage Real Thing 1 (21’49), faite de successions de climats et variations parfois acrobatiques mais jamais démonstratives ni gratuites !


Inventivité de tous bois, aussi bien dans les mailles fines des juxtapositions sonores que dans les foucades rythmiques, la musique de Ducret enchaine des jets d’urgence toujours impeccablement maîtrisés et incroyablement structurés en dépit d’une revendication à l’improvisation ouvrant quelques portes de liberté aux musiciens toujours sous-tendues par la présence des autres comme en tapinois. Quelques brefs segments mystérieux se rassemblent rapidement en des zones de spasmes, de folie nerveuse, tout juste entrecoupées par de fusants intervalles consonants, et repartent vers des échos de Zappa se fracassant bientôt sur des piliers Crimsoniens, dans un jeu de fausses pistes toujours intéressant, toujours surprenant et toujours parfaitement tenu par des instruments engagés, de haut vol, haubanés par un batteur très subtil glissant ses jeux de frappes pertinents dans les interstices étroits laissés par ses collègues doués aux sonorités puissantes et enchevêtrées imprimant à la fois du grain et des timbres incisifs encadrant les riffs acides de Ducret aussi inquiétants qu’une alarme d’ECG…


On peut facilement se perdre dans ce dédale sonore fait de tensions où parfois les sentiers se rejoignent mais jamais longtemps, à l’exception d’un incroyable gué vers la fin de Real Thing 1les instruments qui semblent beaucoup plus nombreux que la réalité, s’unissant en canon de proportion au déroulement patient, édifient par strates une herculéenne trame envoûtante et percutante.


Attention, si vous aimez le sucre classique et lénifiant façon Ibrahim Maalouf (Wind : du spécial Télérama ou comment parodier la BO « d’Ascenseur pour l’échafaud » revue par Morricone), passez votre chemin, si vous aimez les puzzles complexes qui même une fois assemblés forment un figure abstraite, foncez sur ce disque !

Tout ce que je décris ici ne vaut que sur un système de reproduction particulièrement expressif ! J'ai écouté partiellement ce disque aujourd'hui sur un ensemble plus banal quoique coûteux (en test chez nous) et je n'ai pas tout compris de ce que j'ai ressenti dans les lignes ci-dessus !

Pour les amoureux de son, la captation est très réussie, la pâte sonore précise et vigoureuse, seule la mise en espace est factice, mais somme toute créant une scène imaginaire qui permettrait à la batterie de se faufiler un peu partout entre les autres musiciens, ce qui correspond parfaitement au jeu.
 

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Côté classique, je vais enfoncer une porte ouverte :


Arcadi Volodos joue Frederico Mompou.


Ce disque adulé de partout est magnifique de bout en bout, tissant un portrait quasi-debussien pour une musique si absolument originale, pas réellement impressionniste, mais évocatrice de sentiments contradictoires, explorant les méandres de l’esprit humain, que Volodos distille avec une sensibilité frémissante, subtile, raffinée, un langage proustien, un univers poétique positif, répandant une pluie de timbres, déployant une précision rythmique ciselée de retenue, en humour, en délicatesse, c’est tout simplement beau, sans éclat inutile, sans le début du commencement d’une fioriture, d’un effet gratuit, d’un excès pondéral, c’est aussi léger que le bruissement des élytres d’un sphinx colibri !
 

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Bon, histoire d’être un peu moins raccord avec l’actualité, je vais vous parler d’un disque un peu plus ancien, à savoir le superbe programme choisi par Patricia Kopatchinskaja, que par commodité technique je désignerai par PK dans la suite, accompagnée de Peter Eötvös et le Frankfurt RSO.



Programme Bartok, Ligeti et Eötvös !


Un parcours très très pertinent et enthousiasmant, autour d’un berceau géographique commun, les Carpates !

Annonçant le caractère effrayant des trois œuvres, le Bartok est chargé de mélancolie dans ses grincements, ses plaintes, ses cris de tristesse et ses sursauts rythmiques douloureux par la fougue incendiaire et la liberté sous contrôle de PK, qui déroule l’épreuve avec la décontraction souriante qu’on lui connait, soutenue par un orchestre qui accepte de suivre l’engouement de la gamine, un chef sous le charme, d’une subtilité idéale pour illuminer l’œuvre d’harmonies évanescentes et d’un lyrisme nerveux. Liberté, certes, accompagnée de volupté et de quelques égarements de romantisme, certes, mais qui jamais ne nous éloignent de Bartok, ne paraissent incongrus, et révèlent bien au contraire une clarté du discours qui retire à l’opus cette gangue d’inaccessible distance qui alourdit ou cérébralise bon nombre d’interprétations renommées.

Le « concerto » démembré et halluciné d’Eötvös, Seven, est vraiment bien foutu, évite les facilités codées d’une musique contemporaine à répétition dans ses manies de cluster théâtraux pour au contraire proposer des espaces surprenants entre désolation et dévastation fondés sur des cadences éparses, des jeux de timbres et de vide insufflant une poésie noire, bancale mais poignante à cet hommage macabre.


Pourtant, le zénith est atteint par le concerto de Ligeti pour violon et orchestre de chambre, cinq mouvements d’une fantaisie peut-être burlesque, déroutante sans austérité, même très digeste, pétant de couleurs sombres laminées de vitriol, de contorsions malignes, audacieuses et prégnantes, d'humour grimaçant construisant une harmonieuse bâtisse faite d’immatériel et de matériaux incongrus et discordants où parfois on croit reconnaître de ces pierres déjà vues et qui ne ressemblent à nulle autre. S’immergeant dans une série de tableaux complexes, hallucinants, enragés, de bacchanales saugrenues, les musiciens nous accompagnent dans une peinture déjantée d’harmonies nouvelles et magnifiques obtenues en partie par l’interférence entre instruments accordés et désaccordés qui déploient devant les ténèbres de fond des salves d’espoir, de refus du destin, telles ces notes fusant dans la cadence infernale du violon solo !


Merci à PK, que nous avons admirée pour son ardeur, sa sensibilité, son enthousiasme superlatif, sa générosité sur scène, de nous proposer un programme riche, original et rare, et de le magnifier de bout en bout !


Le son du disque est un peu déroutant, un peu hifi, d’une précision et d’une présence artificielle, nous plaçant dans une position improbable, à une distance de l’orchestre qui n’a pas de sens et qui de fait, synthétise un peu la dynamique, mais au moins est-ce cohérent et propre à défaut d’être vraisemblable.
 

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La bizarrerie (je me trouve gentil soudain !) du mois maintenant :

Fauve : blizzard.


Mouais, ça ressemble encore à un pur produit de mercatique, ce truc, ce collectif créateur...
Woodkid aurait-il lancé une mode de produits branchouillés calibrés pour public de nantis béotiens qui achètent les Prix Goncourt pas pour les lire mais en exhiber le macaron dans la jolie bibliothèque gris taupe ?

Car la pochette est accrocheuse, un logo nickel ( symbole d'inégalité ? Quelle farce ! ), efficace donc racoleur, qui peut se décliner facilement, et la conception est axée sur une complainte, las tournant vite à l'incongrue contestation bourge d'un jeune homme épargné par la vie, dégoulinant d'une morale « hyper » profonde façon le grand philosophe Patrick Bruel, positionnement bobo qui rappelle en pas drôle ce que pastichaient les Inconnus avec « Auteuil Neuilly Passy ».


Musicalement, que dire ? Ce n’est pas vraiment mauvais, la trame de fond présente une forme d’élégance, la moelle sonore n’est pas honteuse mais la scansion pseudo-revendicatrice, le débit agité du… Du quoi ? Du narrateur ? Parce que ce n’est ni rap, ni chant, ni slam, ni réelle déclamation, bref ce trépignement de colère avec les petits poings levés « Ouuaieuh, la vie c’est PPas juste et les hommes, y sont Mééchants ! » est vite énervant, la voix de lycéen du 16ème qui se révolte en arborant un T-Shirt NTM sous une veste Yamamoto fatigue par son rien alors que, surpris par les rares instants un peu lyriques, on se demande bien pourquoi ce gringalet de l’octave ne s’est pas lancé à chanter tout le long, c’est plutôt mieux !

A cause du débit, peut-être. Oui, ben simplifie le texte, on comprendra aussi bien.

Le texte donc ? Sans doute l’intention générale est louable, porteuse d’une évidente bonne volonté compassionnelle et, de ce point de vue, il y a des passages habilement ficelés, mais si peu spontanés ; car le côté bon élève qui emploie des gros mots pour faire peuple ne vole quand même pas bien haut, voire tombe à plat en basculant dans le vulgaire par la sélection spécieuse d’un vocabulaire censé choquer et qui ici fait rire où on est quand même loin d’une revendication rap de lutte des classes.
 

A ranger dans la discothèque dans la même catégorie que Marc Lévy (ou Guillaume Musso) en littérature ?
 

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J’aime bien le dernier album de l’énigmatique Shannon Wright, trop souvent renvoyée dans l’ombre de la géniale PJ Harvey, de l’insaisissable Cat Power ou la rebelle Patty Smith : In Film Sound, jailli sur les chapeaux de roues par un uppercut fiévreux au son crade, sait aussi basculer vers une ballade en pentes raides ou des apesanteurs faussement paisibles d’une sophistication démesurée et désarmante dans la production si crue de la dame.
Dans le « même » style steak tartare, j’aime bien l’album franc du collier des quatre filles de Savages, Silent Yourself, post-punk pêchu, très rock, énergique et tranchant, ça envoie du bois, c’est brûlant mais pas violent, un son brut mais travaillé, avec un parti pris de production soigné qui s’affirme par un positionnement particulier, comme un peu en retrait dans la réverb, de la voix de Jenny Beth ; j’aime bien le dernier Depeche Mode, Delta Machine, pas franchement imaginatif ni novateur et cependant insolite ; très agréable à savourer, l’album se dévoile lentement au travers des sonorités propres à ces éternels charmeurs qui, probablement parce qu’elles s’articulent autour de thèmes blues, contournent habilement l’autocopie, voire renouvellent la ferveur du groupe dans une continuité rassurante arc-boutée sur la voix de Dave Gahan qui sera sans doute immortalisée au panthéon de la pop. C’est quand même bien meilleur que les précédents et notamment Playing the Angel.