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Marjolaine Reymond, Vampire Weekend, Von Parhias, Eminem

Novembre 2013



Vampire Week-end, Von Parhias, Marjolaine Reymond, Eminem



par Alain


C’est décidé, je me fends d’une petite chronique vite fait, entre deux ballades de nostalgie sur la plage déserte d’Etel par un froid week-end de novembre.


Tout d'abord, je vais vous parler d’un de ces petits bonheurs simples : découvrir, inspiré par une pochette, un disque franc du collier, bien foutu, varié, malin, où l'on passe sa curiosité à se dire «tiens ça me rappelle quelque chose» tout en prenant un plaisir manifeste à laisser la longue successions de morceaux défiler, que l'on décide de l'écouter distraitement en finissant "En attendant les Barbares" de J.M. Coetzee ou au contraire en se concentrant sur les mélodies habiles et les déhanchements contradictoires du quatuor américain Vampire Weekend.

L'album s'appelle Modern Vampires of the City.

Je ne connaissais pas ce groupe, originaire de New York et que l’on voit parfois défini comme punk bon genre !

J’avoue que je cherche encore la punkitude.

Cet album, leur troisième semble-t-il, très bien produit, déroute parce qu'on ne sait pas trop à quoi se raccrocher, tant les jeux de pistes se multiplient. En tout cas, la démarche n’est jamais vaine et on ne s'ennuie pas une seconde !

Multitude rock  touffue, inventive, très digeste, souvent belle et possiblement émouvante (Hudson) on sautille allègrement d'un genre à l'autre, pop, rythm & Blues (voire doo-wop), musique de film d'angoisse, rock fortuit, quelques influences africaines ou ballades toutes simples et magnifiques, le tout propulsé par un plaisir évident nanti d’une large culture bien digérée (hello Simon and Garfunkel dans Everlasting Arms) et un sens de l'humour et une liberté d'esprit très enthousiasmants !

Mais attention, derrière ce plaisir à rebondir, les quatre musiciens ont parfaitement réussi à tenir un fil conducteur, une sonorité propre, une logique organique des plus sympathiques détaillant un univers très personnel, raffiné, marquant !



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Dans une veine assez différente mais toujours rock, j’ai testé les Von Pariahs, Hidden Tension.


J’ai été surpris de découvrir que ces gens sont nantais, c’est pour ça que j’en parle ; le chant en anglais est des plus sûrs : rien d’étonnant, le chanteur est originaire de Jersey.

L’ensemble est plutôt réussi, sans être indispensable certes, de courts morceaux très rocks, nerveux et tendus qui me rappellent en moins brut ce que j’avais aimé chez Savages, même si chez les nantais le punch sort un peu schématisé par une rythmique faiblarde, qui de débrouille tout juste en trouvant un plan par titre, pas plus.

On navigue à vue entre une pincée d’INXS, un zeste de Phoenix, des réminiscences des Doors et de l’énergie vocale à la Bloc Party. Ou Franz Ferdinand. Mais qu’importe les influences, c’est vitaminé et sincère !

Pas de méprise, il n’y a là-dedans ni génie ni révolution, mais de cette énergie qui recentre le rock sur ses bases. C’est déjà pas mal.


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Est-ce que je vous parle du dernier Eminem, The Marshall Mathers LP2 ?


Non.


Ce n’est pas aussi touffu et surprenant et bourré d’idées sonores que le génial Eminem Show, mais c’est au-dessus du précédent album (sais plus comment il s’appelle) et vraiment, en dehors d’un son qui manque un peu de percutant, c’est un excellent album, bipolaire, toujours aussi ostracisant, passablement homophobe, non ? Mais en même temps dans une introspection respectable, gonflée et parfois drôle parce que dépourvue de toute complaisance. Le mec est malin !

L’énergie locutrice, le sens des mélodies, l’humour froid, des arrangements soignés, tout y est !

Pas mal. Vraiment.




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Marjolaine Reymond maintenant.


Chronos in USA

Un disque Cristal Records


Une chanteuse que je croyais canadienne mais qui est probablement française ; elle prend aussi en charge les instruments électroniques

Du jazz ? Oui… Sans doute en auscultant la liste des musiciens :

Yvan Robilliard au piano ( quand même ), Hubert Dupont à la contrebasse et Nicolas Larmignat à la batterie et quelques invités notables.


Un disque pas nouveau (2008), que j'avais un peu mis de côté et que j'ai voulu faire connaître un à ami du magasin féru de jazz.

Si j'ai vite compris pourquoi j’avais mis ce… truc ? de côté, il n'en est pas moins certain que c’est un bijou authentique, pas taillé, ne serait que pour l'incroyable fantaisie, la totale liberté et la lumineuse extravagance de Marjolaine !

Quelle voix, quelle vigueur volubile, quelle finesse de jeu ! Jamais attirée par la minauderie ni la performance, la dame s'implique sans compter dans une richesse d'expression périlleuse qui est un réel tour de force et par certains côtés rappelle la démesure inspirée de Nina Hagen, en plus cultivée, plus timbrée.

Mais c'est quand même probablement du jazz ! Aux antipodes des jolies voix langoureuses pleurnichant des sucreries qui ont perdu le sens complet de la reprise, Marjolaine déploie un opéra vertigineux (abyssal !) en trois actes sur des poèmes de Tennyson, Lodge, Browning et Emily Dickinson (ça promet !)

La diva assène des coups de boutoirs vocaux issus d'un pire film gore, puis virevolte sur un sprechtgesang subtil, vocalise avec une aisance et une richesse de timbres que beaucoup de cantatrices renommées devraient jalouser, crie, joue d'effets sensuels ou provocateurs pour raconter des compositions personnelles (sauf une reprise !) énergiques et complexes, infiniment affinées et hallucinantes, percées d'œil du typhon ou d'éruptions sidérantes.


Bon raconté comme ça, le disque est parfait.


Il y a un petit bémol hélas : si la sorcière est irréprochable, si le disque est un chef d'œuvre grâce à elle, et si les musiciens qui l’accompagnent sont excellents, souvent imaginatifs et créent une trame exploratrice qui déroule un écrin intéressant et dans l'ensemble très respectueux de l'univers amer, inquiétant, drôle ou narquois et impunément lyrique de la dame, jamais ou presque ils ne parviennent à la suivre dans ses élucubrations.
Ils restent cantonnés dans leur truc du moment, excellent par ailleurs, mais décalé de la folie expressionniste de la patronne, s'appuyant sur des référentiels certes riches mais un peu figés.


Paradoxalement, lors des passages, parfois longs, où les musiciens jouent seuls, on les trouve formidables, bourrés d'idées rythmiques, chromatiques, organiques, bref ils auraient pu nous proposer leur propre opus dans ce même univers (venu de cette foldingue géniale de Marjolaine quand même) et j'aurais adoré.
Mais dès qu'Elle entre en scène et s'envole, bondit, plonge, s'amuse, ricane, gémit, psalmodie, gazouille, vocalise, eux restent le nez dans leur copie. A tel point que souvent, on souhaiterait presque qu'Elle manifeste ses orgasmes a capella !


Mais tout de même, un disque inouï, auquel je ne vois pas d'équivalent, un monde à part, dérangeant, qui ne plaira évidemment pas à tout le monde mais qui est d'une facture exceptionnelle, et ne repose certainement pas que sur les moyens vocaux stupéfiants de la Dame mais bel et bien sur l’intelligence du discours et la puissance percutante et sinueuse des compositions et arrangements !


Du coup je vais me précipiter sur son nouvel album : « to be an aphrodite or not to be ».


Quelques jours passent et :

Ah tiens, c'est fait : j'ai jeté une oreille ; et suis rassuré, l'esprit est le même et le résultat aussi déconcertant ! Un titre au moins aussi splendide, aussi ambivalent que Chronos !

Quelquefois se glisse l'impression d'une plus grande complaisance jazz, jamais très longtemps : on retrouve rapidement ce plaisir à fusionner les genres, franchir les frontières en bondissant, l'énergie de la "folie Marjolaine" déployée en grand sous des passages apaisants souvent confiés au vibraphone.

Fidèle à son opus précédent, on ne peut pas dire que la dame donne dans la facilité, même si à l'arrivée le résultat est moins sauvage et plus homogène au-delà d'une promenade outrancière au sein d'une fluctuante variation des genres et styles, des ruptures et des enchaînements virevoltants, totale désorganisation des rythmes, des codes, une ivresse des mots et des sons qui égare facilement pour produire une œuvre profonde. Mais qu'il est bon de s'égarer dans ce labyrinthe-là !

Marjolaine s'appuie sur des expériences variées, incluant une forte symbiose avec la musique contemporaine pour explorer sous un humour trouble certaines angoisses sourdes des sociétés modernes, et utilise le rapport au corps amoureux pour exprimer sa rébellion contre un puritanisme larvé. Comme sur son opus précédent, elle développe ses arguments dans une sorte d'opéra, une ballade onirique organisée autour d’un triptyque, A Lover, A Dance, A Child, qui par une complexe naïveté semble évoquer un itinéraire à rebours vers l’enfance.

Aphrodite nous guide à travers une série de poèmes d’Emily Dickinson dont la voix, jouée par la récitante Linda Thiry, s’entrelace dans un fouillis majestueux de couleurs avec celle toujours aussi herculéenne, bouleversée, nuancée, riche et habitée de Marjolaine

David Patrois, vibraphoniste, crée un climat hypnotique à lui tout seul, éloignant clairement ce nouveau disque de Chronos, Xuan Lindenmeyer, bassiste, Yann Joussein, s'immergent dans la pensée de l'artiste pour en devenir un lien naturel (Ah!).

Et quelques musiciens additionnels gravent des damasquinages typés soulignant des atmosphères spécifiques aux diverses évolutions de la thématique.
Mention spéciale à la trompette d'Alain Vankehove : elle se place d'emblée à une hauteur de jeu et de frénésie évitant de freiner la primadonna ; et à Juliette Stoltzemberg dont la (les !) flûte(s) accentuent la poésie lyrique de la belle. Et puis aux saxos de Christophe Monniot et Julien Pontvianne vraiment très animés, stimulant, envoyant des torons de flamboyance qui honorent l'exubérance de la Diva. Bref, mention spéciale à tout le monde !

Vous l'aurez compris, cet album est peut-être un peu moins outré que le précédent mais aussi plus cohérent car les musiciens se fondent en osmose aux élucubrations de la belle.

La mise en sons, peaufinée, léchée, installe une splendide scénographie sonore qui sublime l'intelligence fondamentale de l'opus.
    
Et puis la pochette est sympa, la dame (jolie) joue des voiles d’une Salomé moqueuse dans une série de poses aguicheuses.

A consommer sans modération.