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Sacre du Printemps Järvi et Currrentzis, Arthur H Trouble Fête

Décembre 2015

 

Stravinsky, Sacre du Printemps, Neeme Järvi (Chandos) & Teodor Currentzis (Sony),

Arthur H Trouble Fête.

 

Spécial « vieilleries » ? Oui un peu.

 

Nous sommes en pleine opération ripage de ma discothèque et les petits bonheurs qui surgissent çà et là lors de la longue épreuve abondent, rendant la besogne un peu moins ingrate.


Ainsi, cette redécouverte des Symphonies de Martinu par Vaclav Neumann totalement oubliées et c'est bien dommage car nombreux sont les passages dignes d’un intérêt essentiel dans cette somme méconnue.


Mais je retiens surtout l’occasion d’avoir fait partager à mes visiteurs d’un jour, lors d’une discussion concernant le Sacre du Printemps, une version majeure par Neeme Järvi et l’Orchestre de la Suisse Romande (eh oui !) que pour d’inexplicables raisons j’avais un peu laissée de côté depuis quelques années alors qu’au milieu d’une bonne trentaine de versions elle fait partie de mes préférées, si ce n’est ma préférée aujourd’hui encore bien que j’aie depuis (elle date de 1995 ( ???)) continué d’allonger la liste


La concurrence noble ne fait pas défaut, notamment parmi les historiques, Ansermet, Boulez, Stravinsky lui-même, Karajan (oh oui !), Ozawa, Dorati (version Decca en tout cas avec hélas un orchestre un peu moyen (Detroit) mais d’une barbarie sans équivalent !), Solti peut-être…


Et parmi les modernes, la liste est bien fournie aussi, Salonen, Rattle (une curiosité avant tout), Zinman ou Dudamel avec son approche exotique, Jordan récemment et son étrange intériorité et j’en oublie évidemment.

 

Mais l’approche de Neeme Järvi (Paavo l’a enregistré aussi) est tout à fait exceptionnelle.

 

D’abord elle s’amorce par un tempo lent (comme Maazel avec Cleveland) et s’affirme inexorablement par une cadence tenue d’une main de fer.

Ainsi Neeme imprime un relief saisissant aux instants nerveux et poignants par  la solidité d’un tempo immuable (ou presque) qui donne lors des premiers éclats énergiques l’impression troublante qu’il ralentit encore, et permet ainsi de basculer de phases mystérieuses voire voluptueuses à des foucades d’une violence  physique par la figure imposée d’un martellement constant accentué ou discret de la rythmique systématiquement présente, une ligne constante relayée quasiment d’une phrase à l’autre par un pupitre différent, mais toujours là, obsessionnelle, enivrante ou harassante.


Les discours, narratif et philosophique, pictural et psychologique, sont passionnants, captivants ou poignants de bout en bout, éloquemment racontés par un orchestre idéal à chaque musicien duquel Järvi trouve le moyen de dégager des moments privilégiés, la phalange parfaite déroule la rythmique comme une horloge, rutile et rugit, ductile, réactive, ne perd jamais la concentration même dans ces moments où souvent en d’autres lieux la lisibilité se transforme en chaos : on entend abasourdis la perfection d’une intelligibilité façon Boulez mais imprégnée de poésie, de noirceurs, de profondeurs d’âme, de limbes effrayantes d’une ampleur spirituelle unique.

Et lorsque Järvi décide de lâcher la bride, les explosions sont saisissantes, époustouflantes, impactant directement au plexus !

 

Sombre ou solaire, jouant de toutes les illuminations, ombres et couleurs, contrastes et nuances grâce à une maitrise inexpugnable du tempo, Järvi nous offre une référence par la sommation des contraires, la lisibilité du texte, l’expressivité chatoyante des pupitres, la délicatesse mystérieuse, et la barbarie païenne.

 

Bravo.

 

Se laisser embarquer par la vision de Neeme Järvi est d’autant plus intéressant qu’est sortie ces jours-ci une version remarquée, voulue décapante du Sacre, à savoir celle de Teodor Currentzis avec MusicAeterna dont le principe volontairement iconoclaste revendiqué avait tout pour me séduire…

Pensez donc, "déconstruire pour mieux reconstruire", "sacrifice cruel et vertical !"

 

Jaquette sous forme de grille pointilliste où le nom de Currentzis s’interpénètre géométriquement avec celui de Stravinsky les plaçant à égalité. Soit, je ne suis pas de ceux qui considèrent l’humilité comme une preuve de qualité.

Tout cela est vraiment prometteur !

 

Ben non…

 

Il y a « une » idée et une seule et elle est exploitée jusqu’à l’usure sans la moindre variation imaginaire, c’est amusant au début et vite ennuyeux tant l’option est systématique, engoncée dans une vaine vision de l’esprit qui ne débouche sur rien d’autre que de vouloir être différent, éventuellement provocateur. Soit mais à condition d’avoir quelque chose à dire.

 

J’ai lu quelque part que cette version fait ressortir une dimension implacable ! Ecoutez Dorati 2 ! Puissante ? écoutez-en quelques autres !

Tellurique ???? Non certainement pas, la tectonique a plus d’émanation que cette proposition toute cérébrale. Ici, c'est simple : il n'y a pas de musique mais du son bien ordonné.

 

Même la prise de son rebute (en 24/96 quand même), pourtant millimétrée, collant aux timbres, ceux-ci ne se déploient pas donnant une sensation de vide, d’absence de vie, elle a même un côté absurde par un manque de cohérence des dimensions relatives, gâchant les effets volontaires qu’elle est censée défendre. Artificielle soit, c’était un choix, mais désincarnée aussi ?

 

Le résultat artistique et technique est précis, méticuleux, travaillé, léché par des musiciens impeccables mais comme régis par un ordinateur suivant minutieusement un ordonnancement sans âme, sans autre aspiration qu’une scansion systématique et prétentieuse qui ne sait pas créer de tension, de nervosité, de souffle ou d’intensité. Un Sacre totalement mécanique, vaguement spectaculaire et sans essence, qui ne parvient même pas à convaincre qu’il est novateur.

Vraiment dommage. J’en attendais sans doute trop, j’aurais dû deviner que ça s’adressait avant tout à une paresse d’esprit contemporaine dont même la pensée révolutionnaire est ultra-codée, où l’intention prévaut sur le résultat.

 

La captation du Järvi – j’ai failli oublier – est plutôt correcte en dynamique et en timbres ne gâchant pas le plaisir sans basculer dans le spectaculaire inutile, le disque publié chez Chandos est donc chaudement recommandé !


D’autant que les œuvres de complément, à savoir Requiem Canticles et Canticum Sacrum, opposant au rite païen un recueillement religieux d’une grande inspiration, outre qu’elles présentent un complément idéal, sont ici magnifiquement présentées, avec des chœurs superbes, au point peut-être de mériter le titre de référence, au milieu certes d’une discographie nettement moins riche que pour le Sacre.

 

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Parmi les disques dépoussiérés par l’opération ripage, j’ai aussi ressorti « Trouble-Fête », opus d’Arthur H datant de 1996.

Un artiste que j’apprécie régulièrement, mais a-t ’il jamais retrouvé la puissance de la sombre magie poétique et sensuelle de « Trouble-Fête » ?

Je ne crois pas.

 

L’intégralité de l’album, comme toujours chez monsieur H, est empreint d’une douceur bienveillante, d’un humour délicat, ici portés par une imagination musicale, mélodique certes mais aussi des arrangements, des fantaisies rythmiques, des gouaches indéfinissables, sans aucune faiblesse ou facilité dans cette suite d’idées toutes plus troublantes les unes que les autres, jamais répétitives ou insistantes mais impeccablement cohérentes, qui façonnent comme dans un rituel de magie noire un album mystérieux, réfléchi, nous engluant dans un sfumato alanguissant.

Les textes, pourtant détendus, sont imprégnés ici d’une poésie vespérale, Salammbô certes, mais dans un paysage issu des humeurs crépusculaires d’Edgar Poe ou des démons cyniques et décalées d’une BD de Tardi, une atmosphère rigoureuse et scrupuleuse, irréelle, souvent obscure et tendrement dramatique qui tisse un noble écrin aux pépites de mots alambiqués et si émouvants, signant une danse fantomatique d’une folle élégance.  

 

C’est poignant, beau, d’une invention musicale de tout instant.

 

A classer dans les « Intemporels ».