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Schoenberg par Janine Jansen, Mélanie de Biasio, Thérez Montcalm

novembre 2013



Schoenberg : la Nuit transfigurée opus 4
Schubert : Quintette pour cordes D956


Janine Jansen, Boris Brovtsyn (violons), Amihai Grosz, Maxim Rysanov (altos), Torleif Thedéen et Jens Peter Maintz (violoncelles). Un disque Decca


Par Alain



Renouvelant un exercice magnifiquement réussi dans Chostakovitch en 2007 (très largement recommandé ! Quintette avec piano, trio n°1 etc... chez Onyx Classic, avec Yuri Bashmet, Misha Maisky...), à savoir réunir une brochette d'amis de renom et de talent pour jouer de la musique de chambre, la charmante batave nous propose un programme long et ambitieux (on aimerait en être ; c'est vrai qu'est-ce qu'on a de moins ? Mmmhhh ? Le talent ? Bof, c'est très surfait).

Le résultat est un admirable moment de musique, d'une générosité sans faille, ciselé par des musiciens tout simplement heureux de jouer.


Le Schoenberg ne sera peut-être pas une version de référence, c'est possible et alors ?


Il y a dans cette proposition une fougue, un élan, un plaisir de jeunesse qui, mieux que de nombreuses approches un peu cérébrales sous prétexte que c'est du Schoenberg ou au contraires très superficielles sous prétexte que c'est une œuvre de jeunesse, rappelle que l'opus 4 illustre un poème d'amour, la nuit d’un aveu déshonorant, de silences complices, souffrance et délivrance qui conduira à l'acceptation par un homme amoureux d'un enfant qui n'est pas le sien sans même passer par la case morale du pardon, évincée par la confiance en l'autre.

On peut regretter, dans les moments mystérieux ou murmurés des tableaux brumeux de la Nuit, que la ferveur sincère des potes à Janine occulte ou complique l'évanescence poétique, au profit, c'est vrai, d’une permanente (mais délicate) transparence… Qu'importe : le feu romantique pétille dans le sang des musiciens, produisant une expressivité parachevée ponctuée d'éclairs nuancés.


Les musiciens sont irréprochables, existant tous à égalité (merci aussi, Mademoiselle Jansen, pour votre discrétion), d’une admirable générosité de cœur et d’écoute, ne négligeant jamais la musique pure, quitte à parfois mettre de côté la trame narrative d'une nuit de transe amoureuse, en exposant plutôt l'intensité, l'âpreté, l'envoutement, surmontant dans une allégresse idéale les dissonances - qui rendent parfois la page ardue - en alternant rugosité ardente et romantisme rarement osé dans une page d'un Schoenberg dont les créations dogmatiques de fin de vie font oublier qu’il a été jeune et admirateur de ses ainés.


Car, dans la description de cette nuit d'une densité foisonnante et délibérément positive par Janine & friends, à la fois acteurs et contemplateurs de ces alternances de désir fou et de mélancolie des sens (quel régal que la tendresse réservée, la juste pudeur des musiciens dans le long quatrième mouvement comme s'émerveillant de la douleur vertigineuse qui marque l'effusion des deux cœurs éperdus, des âmes errantes...), on entend clairement l'hommage à l'auteur de la Mort d'Isolde, prouvant clairement que le jeune amoureux Schoenberg a saisi toute l'ambivalence wagnérienne.


La curieuse juxtaposition d'un sextet de jeunesse et d'un quintette de maturité de Schubert (et un des grands moments du romantisme !) fonctionne ici à merveille, profitant de l'inspiration lumineuse des mêmes interprètes pour nous promener dans les demi-teintes, les clairs obscurs de deux déclamations, l'une amoureuse, l'autre refusant d'abord la mort puis s'enfouissant dans la sérénité d'une vision céleste.


Là encore, la pudeur semble le maître mot, en dépit d’un tempo peut-être un peu rapide, elle masque la douleur sous l'aisance, en suivant clairement le tracé Schubertien vers un-au-delà apaisant.


On pourra regretter dans les passages de pur mystère, une légère raideur, par crainte du pathos peut-être, éviter l'excès de romantisme, préférant une sorte d'explication de texte, tout en finesse, pigmentation subtile, allégeant à l'extrême la texture pour mieux décrypter l'inspiration rêveuse à l'au-delà qui rend ce naturel du mot touchant, émouvant, superbe.


Le tout servi par une prise de son précise et correctement architecturée.

Je m'aperçois d'ailleurs que c'est la deuxième fois que je parle de la Nuit Transfigurée dans ces colonnes. Curieux, ce n'est pourtant pas une œuvre vers laquelle j'ai l'impression de revenir si souvent.

On trouvera pour ces deux œuvres pléthore de références historiques, au point qu'il est difficile d'en isoler une en particulier, d'autant que je ne suis pas partisan de l'idée des références figées. Pour autant, achetez celui-là : rien ne remplace le plaisir de la nouveauté et surtout de la redécouverte.

Et pour ceux qui ne connaissent pas, une approche sûre !

Bon, je vais me pencher sur les concertos de Bach par la même Janine Jansen qui viennent de paraître...



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Découverte sympa ensuite, pas fatigante en tout cas :

Mélanie de Biasio, No deal
    
Pascal Mohy (piano), Pascal Paulus (synthés et Clavinet (et co-compositeur)), Dré Pallemaerts (batterie)


J'avoue que si j'étais disquaire, je ne saurais pas où ranger ce court album (trop court, on se moque un peu quand même).

Admettons que ce soit du jazz, avec un petit coucou du côté de Portishead ? Enfin, si c’est du jazz, l’album aura le mérite d’ouvrir la pensée jazz aux non-initiés. Très bien !

Bon, un truc pareil, je suppose que ça va vite recevoir les blasons Télémama ou Frip, allez, j’assume, je me lance quand même.


La demoiselle (qu’est-ce que j’en sais ?), belge, (oui, encore une (rappelez-vous le génial Troops de Liesa Van der Aa), ça devient une habitude dans ces colonnes) chante (et comment ! ) et joue de la flûte traversière qui tient une place importante dans les 7 morceaux dont un qui, finissant en un fondu au noir infini (plus d’une minute !) fait de nappes mystérieuses et rebonds moelleux, renforce un peu l'impression d'être floué côté longueur.


Qu'importe, la générosité se situe ailleurs, car c'est un fort beau disque, onirique, planant à l'ancienne (sans le côté halluciné), fluctuant dans un groove lent très enjôleur.


Jazz donc ? Pas si on cherche à retrouver les brillantes icônes du moment, un peu démonstratives.

Ici, l'expression est en profondeur, en nuances microscopiques ; la voix, suave et sérieuse, imprégnée de gravité, détourne la soul au sein de compositions sombres, brumeuses, longs déploiement de contours entre pénombre et obscurité, où les musiciens, dont un batteur aux frappes de mailloches profondes et empruntes d’intensité, installent une ambiance ample, swinguant comme un tango distendu et démembré, dégageant ainsi aux vagues du chant des espaces vastes comme l'univers, et distillent dans les veines une curieuse sensation d'engoncement dans des profondeurs de l'âme jamais oppressantes, à peine inquiétantes, un voyage suspendu où seule la flûte s'autorise des survols sidéraux de liberté lyrique, ondulations charmeuses d'un serpent pâmé sans jamais nous extraire des nuages oblongs de la méditation. On retrouve la lenteur songeuse du très recherché, frémissant et émouvant album éponyme de Mark Hollis dont Mélanie revendique l'influence.

Une création d’apparence dépouillée, qui pourrait n’être que climats et laisse pourtant, à l’arrivée hélas bien trop vite venue, songeur, troublé, grave mais en apesanteur...


Ceci dit, honnêtement, je ne me suis pas foulé : c’est un disque facile à défendre dont la couverture sera bientôt illisible sous les labels du bon goût statutaire.




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Et, dans la même catégorie des chouchous du politiquement correct, la déception du mois :

Terez Montcalm, I know I’ll be allright



Album de reprises assez singulières, du Bécaud, du Bowie, ou du Michael Jackson.

Mouais.


L’idée est sympathique, les morceaux choisis avec perspicacité, la voix est charmeuse et les arrangements bien tournés surprennent au premier abord par ce qui paraît une vraie reconquête des titres.

Mais…

Je m’ennuie au bout de quelques minutes. D’abord je trouve que la canadienne à guitare en fait trop. Ce qui, dans son style affirmé de chant un peu cinglé, était amusant et provocateur sur le premier album, tourne à la répétition et devient donc à la longue un snobisme fatigant, cette sur-articulation, cet expressionnisme minaudant n’exprime plus grand-chose à force de se mécaniser dans la surcharge.

Et puis, est-ce le son, sont-ce les adaptations, les arrangements ? Le swing est banal et le groove si codé qu’il en disparaît puisque, par essence, la façon d’évoluer autour de la note et du rythme qui définit le groove est de l’ordre du ressenti, pas de la technique. Or, là encore, on subit les rouages trop huilés d’une mécanique racoleuse. Idem pour les arrangements, plaisants sur une chanson mais rapidement bien trop répétitifs. Enfin, je suppose, car je n’ai pas tenu jusqu’au bout, même en m’y reprenant en plusieurs fois.

Je veux bien admettre que la masterisation est très coupable dans ce constat navrant, elle lisse les éclats, linéarise les éventuelles toquades, s’il y en a, difficile à deviner, l’ensemble manque de relief sans que je puisse déterminer si c’est le son, la production ou l’attitude artistique…


Je n’adhère vraiment pas !