Bill Frisell et John Scofield

Bill Frisell et John Scofield

29 octobre 2014


Hier soir au Grand Auditorium de la Cité des Congrès, concert de « Jazz » :

 

Bill Frisell Quartet

&

John Scofield Trio


2 parties d’1 h 15 sur une scène joliment éclairée, avec goût et des variations élégantes.


Je ne vais pas m’attarder sur la triste performance du Bill Frisell Quartet qui passait en revue la musique de guitaristes divers, du rockabily à la country, Chuck Berry, Beach Boys ou les Shadows.

Passé un beau début atmosphérique par l’échange de longues plaintes des deux guitaristes, on rentre dans l’ennui le plus total plombé par la calamiteuse rythmique d’une moissonneuse batteuse.

Je crois que j’aurais pu étrangler le batteur qui cumulait quand même toutes les vertus du méchant d'un film gore ; totalement dépourvu d’idée, il était capable d’une seule nuance : barrater comme un bourrin, écrasant tout le monde en swinguant comme une porte et ne se sentant absolument pas concerné par les variations de ses comparses. Il ne les écoutait pas de toute façon.

Le bassiste tournait pas mal mais ne sortait pas d’un unique thème de jeu qui donnait l’impression qu’il liait ses cordes d’une main ferme de peur qu’elles tombent et avec un sourire satisfait en plus.

Côté guitares, c’était mieux évidemment, un bon second qui a tiré quelques surprenants accords mais semblait un peu travailler à la pointeuse, et un Bill Frisell qui a quand même mis un peu de temps à se chauffer les doigts (le nombre de pains…) pour offrir quelques jolis jeux de couleurs et d’enchainements d’accords, mais franchement, c’est histoire de ne pas enfoncer cet immense artiste dont on se demande ce qu'il lui a pris d’une part de choisir un tel programme mais surtout sans une once d’idée, de créativité, de variations, voire même simplement de recul ou d’humour !

 


John Scofield ensuite, accompagné de Steve Swallow et Bill Stewart.

Bon, allez, ces trois-là allaient tout rattraper : un grand grand moment, de talent, d’inspiration, de beauté, de musique pure.


D’accord, Scofield nous a fait du Scofield mais avec quel panache, quel brio, quelle élégance, quel plaisir et quelle sympathie, sans jamais frôler la démonstration ! Les suites d’accord étaient souvent affreusement compliquées mais d’une légèreté absolue, d’une vocalité exquise, Scofield jouait beau, se baladant d’une énergie rock à une claudication blues, il faisait babiller sa guitare dans l’expressivité humaine d’un musicien qui n’a rien à prouver et qui n’a qu’un but : la Musique.

Bon certes, on était un peu dans ce jazz « chacun son tour », mais quand il s’agissait de céder la place à ses collègues, c’était toujours pour le bonheur des oreilles et du cœur.
Bill Stewart, accompagnant ou soliste, à défaut d’imagination (un peu toujours les cinq mêmes plans) révélait un sens des nuances ou du punch très habile, un swing d’une évidence idéale, une énergie constante et si parfaitement dosée, si intensément à l’écoute, quand bien même ce code du batteur jazz quand il joue en soutient de tout baser sur le « dziguiding dziguiding » permanent cymbale / Hi-hat personnellement m’insupporte, au moins le faisait-il avec une faconde aérienne.


Et puis il y avait Steve Swallow et sa 5 cordes multifonction.

Je vais éviter tout commentaire : ses doigts gazouillent, inventent sans cesse en état de grâce, une promenade bucolique enchantée, une déambulation de ballerine, l’incarnation du groove. Un génie.