ONPL concert du 10 juin 2015

ONPL le 10 juin 2015

 

ONPL le 10 juin 2015

-    Haydn, symphonie n°1
-    Ravel, Concerto en Sol
-    Chostakovitch symphonie n°10

Bertrand Chamayou au piano
Thierry Fischer, direction

 


Certains se sont étonnés que j’écrive de moins en moins ce genre de chronique.

Est-ce que je vais moins souvent au concert ? Pas sûr, ai vu et entendu quelques jolies choses en jazz et pop/rock, mais pas eu envie d’écrire ; est-ce dû à la sensation de me répéter ? Possible ou alors pas envie d’être tiède à propos d’artistes que j’aime beaucoup par ailleurs.
Moins de concerts, globalement non mais ceux de l’ONPL sans aucun doute oui, ça devient insupportable cette banalité moyenne rasante, Dusapin est probablement un compositeur talentueux mais pas toujours bouleversant quand même et son pote Rophé décidément ne fait pas décoller notre Orchestre chic mais pas choc. Pour l’instant l’ère Rophé est une mi-temps plan-plan. J’aimerais savoir si cet orchestre connaît toujours le plus fort taux d’abonnement du pays alors que souvent considéré dans la profession comme, disons… perfectible ; mais j’en doute ; pour l’année prochaine il ne faudra pas compter sur moi, sur nous, car nous sommes quelques-uns à nous décourager.

Toutefois, ce que j’ai entendu hier m’a donné envie de reprendre le clavier pour remercier au moins Bertrand Chamayou et Thierry Fischer et les musiciens de l’orchestre qui ont donné sincèrement. Pas tous.

Passée une fadasse 1ere symphonie de Haydn (on aurait tendance à oublier qu’il a bien fallu qu’il y en ait eu une première !), fadasse parce que cette musique de cour était jouée gentiment mais sans enthousiasme, sans élan ou allant, sans finesse ou liberté (le programme stipule rythme endiablé pour le dernier mouvement ? Les diables avaient sans doute trop copieusement dîné !) arrive ce qui probablement m’intéresse le plus ce soir : Le Ravel avec Chamayou.

Qui ne m’a pas déçu ! Elégance permanente sans la moindre posture (ouf !) son jeu est en phrasé continu, liquide, si insensiblement fluent, les doigts caressent le clavier susurrant une musique limpide et délicieuse, des pastels d’une pureté harmonique au-delà du poétique, et l’homme, regardant souvent ses collègues musiciens,  a la gentillesse de suivre ses camarades, préférant pardonner les faiblesses de l’orchestre, se recalant si nécessaire pour corriger la dérive temporelle d’un hautbois, une flûte ou une clarinette au lieu de jouer les divas, distillant des nuances imaginatives comme pour mieux cacher le manque totale d’icelles dans l’orchestre.

L’interprétation générale, si elle ne renouvelle pas le genre, est enthousiaste et enlevée avec un sens du rythme préféré par Thierry Fischer à celui des nuances dynamiques, ayant probablement choisi de ne pas chercher l’impossible, à savoir les deux, car la finesse, Chamayou s’en charge tout seul en se fondant dans la masse le plus souvent, s’en extrayant avec grâce quand il le faut, transformant ce bel exercice, cet écrin dévertébré en un concerto pour orchestre avec piano ce qui personnellement me convient parfaitement, principalement dans le deuxième mouvement jamais dégoulinant mais simplement très beau, très pur, infusant une vénusté attendrissante d’une saveur rêvée. Une caresse sur la peau d’une femme pendant une danse sensuelle, du jazz au slow, la chaleur des corps, un piano affectueux dans un orchestre se démenant sur une scène doucereuse.

Fischer favorise donc de suivre les jeux de teintes du pianiste, les errances jazzy du texte plutôt que de chercher à imposer une impossible réserve à ses mauvais élèves et le résultat, sympa mais pas transcendant quand même, est de nous avoir proposé un généreux moment en compagnie d’un artiste majeur, humble et discret, procurant une douceur fluide à son clavier impressionniste à souhait ! Un bon moment, d’autant qu’à défaut de légèreté, l’orchestre a fait preuve d’une manifeste bonne volonté et d’un ensemble qui fait hélas souvent défaut, ne trahissant jamais l’esprit du texte si inventif que, en dépit d’une instrumentation étonnamment légère, Ravel assène de puissants effets sonores.

Ce Fischer me plaît ! Magnifier la musique française avec l’ONPL, c’est une performance !

Splendeur pianistique transcendante dans Jeux d’eau offert en bis par Chamayou, qui imprime dans une œuvre plus techniquement difficile qu’il n’y paraît des accents lisztiens parfois, bartokiens encore, avec une évidence et un humour tendre absolument émouvants. Et toujours, ce courant doré, fontaine liquide, éclats d’orage et gouttelettes en suspension, un tableau, une peinture de maître, Chamayou recrée du Monet sous nos yeux et oreilles émerveillées par les faunes en goguette…

Un grand monsieur je crois, pourvu qu’il continue à travailler avec patience, intelligence et distance. Si le métier lui en donne l’opportunité et ne le ruine pas, s’il sait garder la distance de l’humilité.

10ème de Chostakovitch frappée dans une sorte d’urgence violente et sidérante, qui fonctionne plutôt bien même si le second degré ironique, les zones sensibles ou mystérieuses que sait dégager Sanderling par exemple, sont zappées au passage.

Les quatre mouvements se ressemblent un peu trop, le monumental et complexe premier est plus impressionnant et miroitant que sombre et intérieur donnant un ton général un peu bourrin qui, n’en déplaise aux amateurs de spectacles zim boum boum, n’est pas la seule option pour jouer Shosta.

Dans le deuxième, la progression est plutôt bien agencée et le troisième enfin assez varié, orné de ruptures habiles.

Le quatrième, tout en paradoxes, voit sa structure, flottante, comme en attente d’un paroxysme qui ne viendra jamais vraiment, un désenchantement entre peur et provocation, correctement respectée en dépit de l’absence quasi-totale de mystère et clairs obscurs indispensables …

Curieusement, dans ce déferlement tonitruant, Fischer s’autorise et réussit quelques belles parenthèses figées, de rares instants où le temps est suspendu, et l’orchestre devient délicat, beau travail des cordes soit dit en passant, offrant une ductilité à laquelle nous ne sommes pas habitués ici, et des couleurs « somptueuses » (j’exagère un peu mais la perception du boisé est si rare à Nantes), les bois pourtant très applaudis ayant avant tout réussi l’exploit d’être un peu trop bruyants à mon goût, ce qui n’est pas gênant dans Shosta mais était un poil plus énervant dans le Ravel.

Une bonne soirée donc, niveau minimum de ce qu’on devrait attendre d’un tel orchestre de province, soit, et une vraie découverte :
Pas Chamayou évidemment qui dans son triptyque génial des Années de Pèlerinage prouvait sa maturité inouïe, sa technique irréprochable, son sens des pastels et son intelligence conceptuelle…

… Mais Thierry Fischer, très efficacement expressif dans sa gestuelle jamais guindée, qui a parfaitement su composer avec les qualités et failles de l’orchestre d’un soir tout en affirmant une envie de couleurs et une qualité de swing de haut niveau !

Je le proposerais volontiers comme chef permanent.