ONPL, concert du 26 novembre 2014

ONPL, concert du 26 novembre 2014

27 novembre 2014

 

Concert à l’ONPL, soirée Symphonie Romantique du mercredi 26 novembre.

Debussy, 3 études apparemment orchestrées par Michael Jarrell

Mahler, Lieder eines fahrenden Gesellen

Véronique Gens, soprano 

Bruckner, symphonie n°4

Direction Pascal Rophé

 

Rien à faire, vouloir donner des soirées à thème, ça me fait toujours un peu sourire, et réunir dans un même programme sous l’idée du romantisme Mahler, Bruckner et Debussy, mouais, c’est vraiment histoire de trouver un thème.

Cependant la musique "romantique", théoriquement je suis preneur...

 

Les premières notes de Debussy s’annoncent bien, égrènement les frétillements lyriques d’une légèreté aérienne de bon aloi sans toutefois atteindre l'apesanteur debussienne idéale, quelques jolies touches de couleurs tissent cette toile qui synthétise assez bien l’univers diaphane et impressionniste de Debussy, ce M Jarrell a bien appris ses leçons.

Mais rapidement l’ensemble manque un peu de ces nuances limpides de glissandi murmurés qui évaporent la magie sensible de Claude D.

Une introduction pas désagréable mais pas indispensable non plus.

 

Orchestre pléthorique pour la suite, ce magnifique et court cycle de lieder de Mahler.

D'emblée le même constat s'impose : pas de nuances dans les attaques de notes, surtout les vents. Néanmoins quelques pastels raffinés font plaisir à entendre et puis surtout l’écriture méticuleuse de l’orchestre-écrin de Mahler est si accaparante que la musique passe en dépit de l’approximation.

Véronique Gens - que j’aime beaucoup par ailleurs - ne me paraît pas tout à fait à son aise dans ce registre (et cette langue ?) et son timbre reste un peu banal notamment dans les ardeurs quasi-wagnériennes où la voix blanchit plus encore et l’articulation, déjà pas très nette d’où je suis, disparait complètement. En outre, si le chant est là, élégant et puissant, on a connu des conteuses plus inspirées, plus volubiles pour narrer ces poèmes bucoliques sillonnés de douleur toute goethienne.

 

Bruckner enfin.

Un début de cordes imperceptible très vite écrasé par le déferlement des cuivres qui transforme ce premier mouvement en concerto pour cordes et fanfare de carnaval.

C’est inaudible et incompréhensible, sans intention détectable, si ce n’est qu’on suppose que toutes les notes sont bien là et j’en arrive à redouter, dans les échos répétitifs de Bruckner, les instants où l’armée va à nouveau attaquer sabre au clair. Les cuivres se calment un peu à la fin du mouvement et aplatissent un peu moins les pauvres piétons sous leurs assauts, mais trop tard, le mouvement est fichu, on n’y croit plus, personnellement je songe même à m’éclipser.

Certes, Bruckner lui-même parlait de cavaliers sur de fiers chevaux, mais pas de charge d’une horde barbare déferlant sur de frêles vierges…

 

Je pars ? Allez, non, je reste…

 

Très beau deuxième mouvement ! Quelle splendide surprise... Un remarquable travail des cordes, délicates et quasi sensuelles, beau jeu d’aquarelles entre les registres, c’est presque frémissant ! Presque... mais formidable quand même !

 

Troisième mouvement réussi, même si un peu mécanique dans sa scansion et ses répétitions, les boucles brucknériennes s’accumulent plus qu’elles ne s’enchaînent, pour autant les cuivres à la fête dans cette verve de chasse à courre procurent de beaux éclats sidérants. Pas mal en dépit, toujours, d’un manque de nuance des attaques de note, particulièrement le flutiste au sein d’une petite harmonie par ailleurs colorée. Travail soigneux des cors, suaves et réservés.

 

Evidemment ça se gâte dans le dernier mouvement.

Car il est énoncé comme un rabâchage exact de la succession de blocs systématique du 3ème mouvement.

Et du coup appauvrit l’œuvre par une construction uniquement machinale et répétitive, médiocrement prosaïque, où les variations se succèdent comme un défilé militaire.

Non, la rhétorique brucknérienne ne doit pas être, ne peut pas être ainsi : ce dernier mouvement fonctionne sur un élan perpétuel, un enchainement virevoltant de tourbillons, la mobilité infinie d'un bal enivrant, pas une répétition systématique de manies métronomiques et bruyantes. Ajoutons encore le manque de souplesse des bois et cuivres (sauf les cors) sapant la ductilité des cordes excellentes mais un peu submergées et on rate ce dernier splendide flot puissant, à l’exception de l'ultime crescendo gracieux et mesuré, quelques mesures de vraie compréhension et bonheur.

 

Une honnête soirée, pas une catastrophe, loin s’en faut, ni évidemment une découverte où un moment de frissons.

 

Peut-on attendre mieux de cette phalange très irrégulière ? On finit par en douter… Au moins ce soir, ils jouaient ensemble.

 

Toutefois, en sortant, on se demande quand même pourquoi cette symphonie de Bruckner est qualifiée de « romantique ».

 

AC