évolution

un lecteur de notre site nous a récemment demandé pourquoi nous ne reprenions pas le "glossaire cuistre" de Strad dont nous avons été un partenaire privilégié. L'idée nous a paru excellente, l'autorisation rapidement donnée et voilà. Nous nous autoriserons bien sûr à l'aménager et le compléter au fur et à mesure des idées.

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Petite digression au passage… Sans vouloir tirer des conclusions, même statistiques, on peut légitimement se demander si les appareils transmetteurs d’émotion, ceux que l’on aime, ceux que l’on défend, ceux que l’on revendique, ne pourraient pas résulter d’une vision jamais contrainte de l’objet, jamais limitée, jamais en posture, mais en perpétuelle évolution, en perpétuelle révolution.


Ne constate-t-on pas, à force de comparaisons, que tous ces produits très figés, très inertes, sur leur quant à soi, souvent magnifiques technologiquement, souvent d’apparence nettement plus sérieuse que la moyenne, très bien réalisés, industriels dans leur apparence, dans leur conception, dans leur sérieux, nés de grandes marques, mais aussi de marques revendiquant une technologie de science-fiction à côté de laquelle un IRM fait figure de pointe en silex, sont aussi les plus platouilles à l’écoute, les plus inodores, les plus insipides, les plus politiquement corrects du marché… Les plus nombreux aussi, certes. Et alors… Le résultat est, indirectement, qu'ils sont constamment et trop fréquemment remplacés par de nouvelles références qui donnent l'impression que la génération précédente, tout bien considéré, n'était pas terrible…


Alors que les objets qui ont quelque chose à dire, qui racontent une histoire, qui dégagent une odeur, revendiquent une saveur, expriment une vision, s’adressent au cœur - précisément en laissant la musique exulter -, ne sont jamais arrêtés, jamais finis, jamais absolus, jamais définitivement sûrs d’eux-mêmes !
Toujours sur le fil du rasoir, fragiles - au sens d’exposés à une incertitude permanente, une remise en question de chaque instant -, toujours évolutifs, toujours en mouvement, mais sans être pour autant destinés au sacrifice de la mode, à l'obligation d'un référencement systématiquement autre…
C'est sans doute pourquoi certains constructeurs maintiennent des références chères à leur cœur pendant très longtemps au catalogue : une petite retouche de temps, en temps, un léger détail amélioré, mais la base est saine, délivre l'essentiel, offre les fondamentaux, et mérite qu'on s'y attarde, qu'on peaufine, qu’on révise, qu'on doute, comme de nombreuses œuvres musicales ont été révisées sans fin par leur compositeur…


Un ami, éditeur littéraire, m'expliquait un jour, à propos du beau livre d’un écrivain condamné à l’anonymat parce que n’appartenant pas au sérail, un texte très difficile, impubliable, trop abscons, labyrinthique, trop improbable dans la moyenne actuelle : « il y a deux types d’écrivains. Ceux qui savent. Et ceux qui cherchent. Ceux qui savent m’ennuient. Au mieux, ils sont brillants ; or, l’être brillant ramène tout sujet vers le domaine dans lequel il brille, mais toujours à côté de ce qu’il croit savoir ; ceux qui cherchent, ceux qui explorent, ceux qui doutent, ceux-là, oui, peuvent parfois être de grands créateurs, de grands écrivains, de grands hommes… »


Cet homme, éditeur un peu isolé dans sa loyauté, est décédé, il y a peu… C’était un grand homme. Je n'ai jamais eu l’opportunité de lui dire merci. Ou jamais su… Et pourtant, indirectement, certains beaux projets n’auraient jamais existé sans lui…