naturel

un lecteur de notre site nous a récemment demandé pourquoi nous ne reprenions pas le "glossaire cuistre" de Strad dont nous avons été un partenaire privilégié. L'idée nous a paru excellente, l'autorisation rapidement donnée et voilà. Nous nous autoriserons bien sûr à l'aménager et le compléter au fur et à mesure des idées.

naturel

Naturel



Ce que l’on devrait rechercher. Point final.
Découvrir son satori musical.
On utilise beaucoup de mots pour tourner autour de ce qui devrait être la quête réelle : la sensation du naturel de la restitution, ces instants où, de façon évidente, la musique est en place, ondulant jusqu’au fond du tempo, elle s'écoule en un flot spontané, délectable, une perspective de pleins et déliés, expose un modelé gracieux, moelleux, délicat et sensible, les couleurs composent un paysage vivant et changeant où les lumières s'interpénètrent en un ballet d'expressions, intelligence, goût et vivacité, le sourire replet du promeneur étourdi encore sous le charme d'une lettre galante, que les badauds jaloux prêtent à un doux imbécile rêveur, les légères jérémiades des instruments en quête du La félon, le bref instant de concentration davantage destiné à amadouer la salle qu'à dompter la musique… Laquelle jaillit sans plus attendre : en deux mesures, le ton est donné, la salle captivée, le silence ordonné, l'évidence tombée : ce sera un grand moment ! Distinction et euphonie, un hédonisme onctueux, une suavité gouleyante dans un enthousiasme sidérant de bonhomie, de facilité, d'enthousiasme, d’ardeur et d’engagement ; foin du cérébral ou du prosaïsme, la musique farandole, le temps s'immobilise, comblé de guirlandes mélodieuses, pointées, noires ou blanches, pauses ou commas, croches ou doubles, enharmonies ou tournis, virevoltes ou fluidité, enivrement ou civilité, libres et retenues, féminines, voluptueuses et indociles, dociles et respectueuses, brisant la fatalité du temps et ses battements morbides jusqu'à la strette si complexe en attendant le repos… L’état de grâce, la lumière au bout du tunnel…


L'ekphrasis est un exercice difficile, n'est-ce pas ?