les tubes




Ah, j'y pense : on nous prétend "tubistes" ou "lampistes", avec le léger accent de sarcasme qui, accompagnant généralement ces expressions, dénoncerait une pseudo appartenance à un club encagé dans la nostalgie poussiéreuse du "older is beautiful" ; dans le même ordre de la simplification on nous présente aussi comme accro inconditionnels du "haut rendement"…
 
" On " a tort !


Nous nous moquons de la technologie employée.

                                                                                     
Indubitablement, nous avons jusqu'ici plus souvent trouvé notre compte d'authenticité, de sensibilité et d'émotion par le tube.


Ah, c'est facile à dire !…


En effet ; mais il ne nous est pas non plus trop difficile de le prouver à toute personne qui ne craindra pas de faire confiance à ses oreilles et à sa réceptivité ; à ses sens.


A condition d’avoir opéré une sélection drastique dans le bourbier fétide des amplis à tubes !
   

Car, en tant qu'amoureux des tubes, nous regrettons de constater qu'on ne parle généralement du "son tube" que pour illustrer les défauts de la trop large majorité d'entre eux : colorations marquées, justesse floue, transparence discutable, dynamique étriquée, répétitive et sirupeuse, mauvaise tenue du grave, pneumatique, mollesse poisseuse et tendance un peu systématique à une douceur bedonnante !

Là où beaucoup réclament la chaleur du tube, nous préférons exiger l'humanité des rares bons appareils à tubes du marché, ce qui est très différent, la chaleur de certains appareils, si séduisante au début, pouvant devenir étouffante à la longue, là où l'humanité transmise par les exceptionnels bons est sans cesse changeante, en renouvellement, en variations… Et ne parlons pas des amplis à tubes complexés du transistor qui à l’arrivée sont plus brutaux que leurs référents indirects, les gros totors qui poussent !


En effet, parce que nous aimons le tube, nous sommes les premiers à reconnaître que le monde des amplis à tubes est plein d'embûches et surtout garni de produits insuffisants voire honteux, y compris parmi les plus prestigieux, là où, somme toute, la moyenne des amplis à transistors est honorable.


Cependant, dès lors qu’on a trié les perles rares au milieu de la banalité ambiante, le tube révélera des émotions supérieures : oui un tube peut délivrer un message véloce, solide, impérieux, sans tonalité propre mais au contraire aussi chamarré et piqué qu'une photo sous les tropiques ou inspiré qu'un tableau de maître, une explosion de teintes, un bousculade de nuances, un florilège de variations, du rebond, de la volupté, du velouté, de l'articulation, et un sens de la modulation inimitable, bref l'ardeur du vivant, l'aménité de l'humain !


Bon, faisons court : apportez-nous un bel ampli à transistors qui respecte la ferveur d'une triode et nous prenons !


D'ailleurs nous en avons trouvé quelques-uns qui nous ravissent, il ne faut pas non plus caricaturer…


Ah, pour clore le chapitre "tube" : combien de fois nous a-t-on frileusement opposé la non pérennité des amplis à tubes


Quelle blague ! Si en effet les tubes ont une durée de vie limitée, ça ne remet pas en cause l'immuabilité des appareils ! Bien au contraire, et à condition de ne pas oublier notre flèche sur la maigre proportion d'appareils à tubes réellement bien faits, un ampli à lampes est le plus souvent incroyablement solide. Moins de composants et de contraintes que dans le domaine du "totor" permettent de sélectionner plus rudement les éléments actifs. En outre les transformateurs de sortie protègent les appareils contre moult malencontreuses manœuvres.

L'usure des tubes alors ? Soit, il faut "retuber" de temps en temps. Mais, sur la plupart des appareils contemporains, retuber est à peu près de l'ordre du changement d'une ampoule électrique sur un lampadaire d'intérieur !


Les instruments que nous privilégions sont équipés de lampes produites de nos jours dans des usines modernes et donc facilement trouvables à des prix plus que raisonnables… Et compte tenu du nombre croissant d'amplis à tubes dans le monde, le risque de pénurie n'est pas pour demain…


Certaines de ces lampes modernes sont plus fiables que les anciennes et parfois meilleures que des prétendues références ( qui existent aussi, c’est indéniable ! ), contrairement à l'avis de nombreux sympathiques piquousés du tube qui, soit n'ont pas toujours intégré dans leurs tests le délai de rodage plus long des nouveaux tubes, lié à une fabrication plus rigoureuse, soit favorisent un enrobage enjôleur plutôt que la recherche de précision tout en transmutations…


Maintenant, si en sortant du magasin avec votre bel ampli à lampes tout neuf sous le bras vous avez envie de vous adonner à la joie du tweakage, pas de problème, nous pouvons même vous guider modestement !


Mais en aucune manière l'achat de tubes roulés sous l'aisselle et baignés dans du sang de vierge par nuit de pleine lune ne sera une condition de bon fonctionnement (sur un plan musical s'entend !) de votre trésor…


Durée approximative des tubes : nous disons souvent qu'un bon tube dure 30 h ( pépin de fabrication ! Ça arrive quelquefois, auquel cas on le change gratuitement ) ou 3 000 h avant de faiblir irrémédiablement. Compter un peu moins en pure classe A, nettement plus en classe B.


Des tubes plus spécifiques, type KR, sont donnés pour 25 000 h ! Même en comptant 15 000, ça donne quelques espaces de musique tout de même.
D'autant qu’il n'est nullement conseillé de laisser les appareils sous tension en permanence.


Un ampli à tubes atteint sa plénitude de fonctionnement en une poignée de minutes, là encore à l’encontre d’idées reçues récursives…